Nommer

Gleason Théberge
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Gleason Théberge – Se nommer soi-même ou que d’autres le fassent agit profondément sur notre identité.

Au Québec, par exemple, quand nous parlons de nous-mêmes, nous utilisons un on qui en langue écrite, ne désigne personne en particulier, comme dans « Quand on est jeune on se croit invincible ». C’est le on de « Mon amie et moi, on est allés hier au cinéma ».

Évidemment, ce on/nous, général ou limité à quelques personnes, ne suffit pas à désigner des groupes identifiés par des traits physiques particuliers ou un territoire d’appartenance. Historiquement, sont ainsi nés les Européens du nord, à peau pâle; les Africains et autres apparentés au teint foncé du sud de la Méditerranée; les Orientaux des pays de l’ouest, ainsi que leurs lointaines descendances jadis dites amérindiennes, acclimatées aux Amériques, ensuite dits autochtones.

Alors que dans chacun des pays de ces zones générales, les populations se désignent évidemment de tout autre manière, ces appellations anciennes, c’est la civilisation européenne impérialiste qui les a établies. Comme dans les cours d’école on attribue des surnoms aux plus faibles ou à qui est trop différent de la majorité. Bòlé est positif, mais gnòchon est humiliant.

Rappelons ici que la pratique des noms utilisés pour désigner un peuple relève souvent du mépris. Surtout quand on veut en faire des êtres inférieurs. Tels sont le Frog (crapaud qui chante sa liberté chez Félix Leclerc) dont certains anglophones canadiens qualifient les Québécois, le Pea Soup de notre habitude de manger de la soupe aux pois ou le Pepsi de la bouteille dont le goulot est vide pour évoquer nos faibles cerveaux. En contrepartie, le Blöke (tête carrée) que certains d’entre nous renvoient aux anglophones en fait des imbéciles guindés.

Mentionnons, surtout en ces temps de réconciliation, que c’est par ignorance, puis pour les inférioriser que le terme Indien a été attribué indifféremment aux divers peuples qu’ils rencontraient, alors que ces Premières Nations se désignaient d’après des territoires fréquentés depuis des siècles. Progressivement, nous avons distingué ensuite les tribus algonquiennes et les iroquoises. Mais c’est grâce au Huron Bernard Assiniwi et à des chercheurs comme Serge Bouchard que sont apparus les termes Algonquin, Anichnabé, Abénaqui, et une dizaine d’autres pour le Sud. Et Inuit et Innu pour le nord.

Désormais, notre défi est de réussir à changer le nom des immigrants et réfugiés pour celui de Néo-Québécois, ne serait-ce que pour répondre au Quèbe (abréviation de Québécois) dont certains de leur jeune génération fait usage à notre égard, pour affirmer plus ou moins poliment quelque chose comme « Nous ne voulons pas être comme vous. »

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