Yannik Richard

« Le moment qui m’a le plus marqué durant la Grande Traversée SLA », écrit Yannik Richard, qui marque une pause symbolique devant la statue honorant la mémoire de Terry Fox.
Nicolas Michaud
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Vers de nouveaux horizons

Nicolas Michaud – Près de douze mois après avoir accompli un périple monumental de 4 500 kilomètres en fauteuil motorisé à travers le Canada, le Prévostois Yannik Richard jette un regard lucide sur les retombées de son aventure. Entre la stabilisation de sa maladie grâce à un traitement ciblé, la création d’un nouvel organisme voué aux technologies d’assistance et la préparation d’un défi sur le chemin de Compostelle prévu pour 2027, le quinquagénaire refuse de laisser la sclérose latérale amyotrophique lui fermer des portes.

Le 25 octobre 2025, la gare de Prévost est devenue le théâtre d’une émotion collective inoubliable lorsque Yannik Richard y a conclu cette odyssée d’un océan à l’autre, réalisée en 35 jours à partir de la Colombie-Britannique. À bord de son fauteuil motorisé, cet homme atteint de la sclérose latérale amyotrophique (SLA) concrétisait La Grande Traversée, un périple destiné à sensibiliser la population et à amasser des fonds pour la recherche.

Un an plus tard, l’instigateur du projet dresse un bilan positif de la portée de son initiative. S’il reconnaît qu’« on ne change pas les choses en une seule traversée », il constate que le projet a permis d’attirer une attention médiatique et populaire significative sur cette maladie neurodégénérative.

Percuté à l’âge de huit ans par un automobiliste qui a pris la fuite — un accident qui a également blessé sa mère et lui a brisé la jambe droite en sept endroits —, il a subi de multiples interventions chirurgicales jusqu’à la trentaine. Lors de sa traversée canadienne, son passage devant la statue de Terry Fox a revêtu une dimension symbolique capitale : enfant, après chaque opération, il courait en sautillant à la manière du héros national pour réapprendre à avancer. Aujourd’hui contraint au fauteuil roulant en raison de la paralysie, il tire de cette expérience une certitude inébranlable : la manière dont on avance importe peu, seule compte la détermination d’atteindre son objectif.

Cette force d’âme, développée au fil des épreuves, constitue aujourd’hui le socle sur lequel Yannik Richard s’appuie pour mener sa bataille médicale quotidienne et préserver sa santé physique.

Le temps gagné grâce au traitement

Dans le contexte des maladies neurodégénératives, la valeur du temps ne se calcule pas en jours, mais en étapes de vie préservées. L’accès aux thérapies novatrices représente le nerf de la guerre pour les personnes atteintes de la SLA, pour qui chaque mois de stabilité constitue une victoire inestimable contre la paralysie progressive.

Atteint d’une pathologie pour laquelle il n’existe aucun remède définitif, Yannik Richard souligne l’importance vitale du traitement par injection qu’il reçoit tous les 28 jours. Sans ce protocole médical, dont le coût annuel avoisine les 350 000 $, la progression de la paralysie serait inévitable. Ce traitement permet de stabiliser l’évolution de la maladie à près de 95 % et de prévenir une dégradation fatale.

Toutefois, cette stabilisation médicale s’inscrit dans un enjeu politique majeur : les négociations entre les gouvernements fédéral et provinciaux concernant la couverture financière permanente de cette thérapie novatrice n’aboutiront qu’en mars 2027.

Cette stabilisation de son état lui permet de savourer des moments précieux en famille auprès de sa conjointe et de leurs trois enfants. Récemment, alors qu’il recevait sa dose périodique à l’hôpital, sa fille Sofia Rose réussissait son examen de conduite automobile. « Pour moi, c’est une fierté d’être là pour chaque moment important des enfants; chaque moment, c’est un bonus », confie-t-il avec émotion.

Bien ancré dans sa communauté, Yannik Richard a également pris part à la campagne promotionnelle de la Ville de Prévost vantant la qualité de vie locale. Pour lui, la proximité de la nature et le grand air prévostois agissent comme une véritable thérapie physique et mentale, essentielle pour reprendre des forces entre ses traitements hospitaliers mensuels. Cette vitalité au sein de la collectivité lui a d’ailleurs valu d’être honoré à l’occasion du 25e anniversaire du Journal des citoyens, l’équipe ayant été très heureuse d’accueillir Yannik et sa famille à titre d’invités spéciaux lors de son brunch anniversaire, tenu le dimanche 20 septembre à l’Hôtel Mont Gabriel, à Sainte-Adèle.

Innover et partager : une conférence et un nouvel OSBL

Transformant son épreuve personnelle en levier d’action collective, Yannik Richard refuse de se poser en victime et choisit d’agir comme un véritable catalyseur d’innovation technologique et sociale. Sa démarche vise à doter autrui des outils nécessaires pour surmonter l’adversité.

Refusant l’inactivité, le Prévostois rédige actuellement une conférence axée sur le dépassement de soi et la création de possibilités. Destinée aux établissements scolaires, aux organismes communautaires et, ultérieurement, aux entreprises, cette présentation vise à transmettre sa méthode pour contourner les obstacles lorsque « des portes se ferment dans la vie ».

Parallèlement, Yannik Richard a fondé SLA Infinity, un nouvel organisme sans but lucratif (OSBL). La mission de cette organisation est de promouvoir et de faciliter l’accès aux avancées technologiques, telles que les exosquelettes de marche ou les aides à la mobilité et aux repas pour les personnes atteintes de la SLA. L’organisme souhaite collaborer avec des chercheurs québécois et canadiens afin d’importer, d’adapter et d’implanter des technologies déjà déployées dans d’autres pays comme la Belgique, l’Australie, l’Espagne ou la Chine, permettant ainsi aux patients d’ici de préserver leur autonomie le plus longtemps possible. L’objectif de SLA Infinity est de positionner le Québec et le Canada sur un horizon stratégique de cinq à dix ans, afin d’éviter tout retard dans le déploiement de ces innovations vitales.

Cap sur Compostelle en 2027

La planification du deuxième volet de La Grande Traversée démontre qu’une maladie dégénérative n’éteint pas la capacité de se projeter dans l’avenir. Ce nouveau défi réaffirme que la ligne d’arrivée se repousse constamment lorsque la volonté demeure intacte.

Baptisé « Compostelle 2027 », ce projet prévoit un parcours de 45 jours sur la voie française du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, dont le départ est fixé à juin 2027. Comparativement à l’effort intensif de 2025, cette édition adoptera une formule plus calme, communautaire et participative. Le public sera invité à prendre part à l’aventure par tranches de sept à dix jours, alors que la conjointe et les enfants de Yannik Richard se joindront à lui pour la dernière semaine de marche.

Au-delà de ce nouveau défi physique, le Prévostois porte un message scientifique résolument optimiste : même si la médecine se trouve actuellement à l’étape de ralentir la maladie, les multiples essais cliniques de phase III en cours laissent entrevoir des traitements majeurs d’ici trois à cinq ans. Grâce à la collaboration scientifique internationale, l’espoir d’une solution durable contre la SLA n’a jamais été aussi tangible.

Devant la maladie, comme sur les chemins du monde, Yannik Richard démontre avec force qu’il suffit de continuer d’avancer, un kilomètre à la fois.

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