Éditorial

Daniel Machabée
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Un vote de contestation

Daniel Machabée – Le scrutin électoral du 5 octobre nous aura appris plusieurs choses.

Les Québécois voulaient du changement après huit années d’un gouvernement caquiste avec ses bons et ses mauvais coups, ses tergiversations sur plusieurs sujets et ses tentatives de faire croire au peuple que le Québec est capable d’être respecté et même de faire des gains politiques dans une fédération de plus en plus centralisatrice. C’est tout à fait inédit dans notre histoire : un parti qui avait fait élire 90 députés sur 125 à l’élection précédente se voit totalement rayé de la carte. On remarquera également l’arrivée du Parti conservateur à l’Assemblée nationale. Est-ce un vote de contestation envers les vieux partis ? Un vote contre l’ordre établi ou un vote pour un ordre encore plus ancien ? Il est consternant de constater que certains candidats ont été élus malgré leurs discours controversés et leur passé criminel évident.

L’élection du Parti québécois ramène à l’avant-plan la question de l’indépendance, tablettée depuis de nombreuses années. Il était grand temps ! Tant que cette question ne sera pas réglée, elle reviendra sur le tapis. Cette question est trop importante pour l’avenir du Québec pour être laissée de côté. Il fallait voir tous ses détracteurs pendant la campagne électorale, tous ces brandisseurs d’épouvantails d’une menace référendaire japper haut et fort que ce n’est pas la priorité des Québécois. Mais quelle priorité est plus prioritaire que la survie d’un peuple ? Depuis 30 ans, le Québec régresse sur les plans culturels, linguistiques et démographiques. Le Québec stagne et est constamment rabroué par le gouvernement des juges dans l’expression de ses lois les plus cruciales pour son avenir, sa survie et son développement. La troisième voie est une utopie que beaucoup de partis politiques ont partagée depuis 1867, qui a été légitime aussi longtemps que le Québec avait un certain rapport de force avec le fédéral. Or depuis 1995, ce rapport de force s’amenuise de façon alarmante, notamment avec l’immigration massive, contrôlée par Ottawa, qui vient diminuer le pourcentage de locuteurs francophones au Québec et fragiliser son économie, sa culture et remettre en question ses valeurs les plus importantes, comme la laïcité et l’égalité entre les hommes et les femmes.

Il est grand temps qu’on nous prouve l’intérêt supérieur du Québec à rester dans un Canada de plus en plus centralisateur et si peu respectueux des compétences constitutionnelles provinciales. La cour suprême devrait rendre incessamment son jugement sur l’utilisation préventive de la clause dérogatoire par le gouvernement du Québec lors de l’adoption de la Loi 21 sur la laïcité. La Cour a sciemment attendu l’élection québécoise pour ne pas donner de munitions au Parti québécois et à la CAQ sur cette question existentielle et importante pour la société québécoise. Ne soyons pas naïfs : ce gouvernement des juges penche toujours contre le Québec et cette décision ne sera pas différente. Le Québec, qui n’a pas signé la Constitution de 1982, est malgré lui soumis à son cadre juridique. Est-ce que Charles Milliard, cet apôtre du multiculturalisme, va oser s’indigner du charcutage éhonté de nos lois fondamentales par un gouvernement étranger ? Où va-t-il attendre sagement que les changements démographiques favorisent son parti et le portent au pouvoir pour enlever toutes les lois qui balisent ce que la majorité francophone veut comme société ?

La légitimité de ce nouveau gouvernement n’est pas contestée; seule sa longévité peut être supputée, dépendamment des alliances qui se feront. Une chose est certaine : à 67 % de taux de participation, un électeur sur trois n’a pas exercé son droit de vote lors d’une élection jugée cruciale pour l’avenir du Québec. Ce seront les premiers à chialer, malheureusement.

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