Mots et mœurs – Gleason Théberge

Gleason Théberge
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D’hier à aujourd’hui

Gleason Théberge – Bonne nouvelle. Depuis une soixantaine d’années, au Québec, une grande quantité de mots anglais apparaissant alors dans les conversations quotidiennes, sont disparus. En font partie tire prononcé [tâyeûr], qui n’avait rien à voir avec les tissus a été remplacé couramment par pneu. Le stool [stoüle] a été remplacé par tabouret et les magasins Woolworth où l’on s’assoyait devant le comptoir du restaurant ne sont eux aussi plus que souvenirs. La shop [chòpe] est ainsi plus fréquemment évoquée par usine ou boutique. Le bargain [barguéne] a fait place à l’entente ou la simple occasion, malheureusement trop souvent remplacée par opportunité. La main street [mé’ne] des villes et villages, c’est désormais la rue principale, dont les Colocs ont souligné les déboires. Et le poll [pôle] où l’on se rendait voter est cet automne un bureau de scrutin.

Mais à la même époque, j’entendais aussi les mots de mon père, venus de plus longtemps que lui, et qui ont eux aussi disparus. Les roulières, qui sont les traces creuses jadis laissées par les roues des charettes sur les chemins, et où s’accumule de nos jours la pluie sur nos routes asphaltées. La hâle de la montée de la fumée dans la cheminée ou ce mouvement d’air le long des pentes ascendantes des vallons. La besogne des tâches plus ou moins accaparantes qui ne sont plus que du travail. Le cant du côté des objets qui peuvent être déséquilibrés ou permettre de s’encanter quand on cherche le confort d’une posture, souvent pour s’endormir. L’égrianché plus marqué que l’ébréché menaçant la tasse ou l’assiette de ne plus être utile. La goûtance évoquant la saveur d’un fruit ou de l’ingrédient savamment ajouté à la recette. Et je m’en voudrais d’oublier le portuna avec lequel dans ses contes Jacques Ferron, mon père d’adoption, rappelle le nom de la trousse du médecin visitant les malades.

Et je déplore aujourd’hui les habitudes empruntées de l’anglais des appellations commerciales bousculant complément et nom, comme dans Espace coiffure, Canadian tire, Intact assurances ou l’horrible Igloofest, qui pourrait s’appeler Hiver en fête, et tout au moins franciser iglou en utilisant la graphie française des sonorités. Certains audacieux le font d’ailleurs déjà en écrivant fonne, tout aussi compréhensible que fun; ou tchomme, au lieu d’un chum qui fait concurrence au CHUM, Centre hospitalier universitaire de Montréal. Heureusement, certains inventent des Savoura et des Lactancia, voire, des noms vigoureux pour des bières, dont les exemples vous viendront aux yeux avant d’arriver à vos lèvres.

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