Que fait Matthew Rhys ?

Lyne Gariépy
Les derniers articles par Lyne Gariépy (tout voir)

Une série et un film à voir

Lyne Gariépy et Joanis Sylvain – Nous avions beaucoup aimé la série The Americans, sur un couple d’espions russes empruntant l’identité d’Américains, et qui se situait pendant la guerre froide dans les années 1980. Le personnage féminin, superbe, était interprété par Keri Russel. Mais la surprise était Matthew Rhys (maintenant le conjoint de Keri), l’acteur britannique interprétant un Russe se faisant passer pour un Américain. Beau défi d’accent ! Dernièrement, nous nous sommes demandés ce que ce dernier avait tourné d’autre comme projet.

La première série que nous avons trouvée, Death comes to Pemberley, une adaptation pour la BBC du roman de P. D. James paru en 2011, qui se présente comme une suite criminelle d’Orgueil et Préjugés de Jane Austen, et dont l’action se déroule essentiellement à Pemberley, le domaine de Mr Darcy, six ans après son mariage avec Elizabeth Bennet. C’est une série intéressante, mais comme elle est disponible seulement en anglais, et que nous vous suggérons du contenu en français, nous avons creusé davantage.

Ensuite, deux offres sont ressorties du lot, toutes les deux flirtant avec la peur : La baie de la veuve, une série, et Dernier détour, un film. Les deux sont parfaits pour visionner pendant l’automne. Bon divertissement !

La baie de la Veuve

(v.f. Widow’s Bay) Série 2026, comédie, thriller, horreur, fantastique, États-Unis, une saison de 10 épisodes de 33 à 50 minutes sur Amazon Prime et Apple TV; réalisation : Katie Dippold. Interprètes : Matthew Rhys, Kate O’Flynn, Betty Gilpin.

Synopsis – Un maire de Nouvelle-Angleterre, qui tente de stimuler le tourisme sur son île, rêvant même qu’elle devienne la nouvelle Martha’s Vineyard, doit faire face à d’étranges événements qui font croire à certains habitants de l’île que celle-ci pourrait être l’objet d’une malédiction.

Ciné-fille – Avec des lieux pittoresques et l’ambiance typique de la Nouvelle-Angleterre, la série La baie de la Veuve installe une atmosphère mystérieuse rapidement. Les décors et paysages sont parfaits, et donnent même envie de s’y établir, ne serait-ce de tous les phénomènes glauques qui s’y produisent ! Certains épisodes rappellent parfois les histoires de Stephen King (entre autres par les paysages et l’horreur), d’autres de Twin Peaks. Mais tous nous procurent un certain stress et des frissons !

Si le côté peur est présent, l’humour noir et second degré l’est tout autant, particulièrement chez ces personnages décalés et parfois excentriques, même pour des rôles secondaires. Mais ce sont surtout le maire, débordé et à bout, superbement interprété par Matthew Rhys, ainsi que le personnage de Patricia, employée de la Ville que l’adjectif « particulière » défini bien, joué avec brio par Kate O’Flynn, qui volent la vedette.

La baie de la veuve est une offre télévisuelle différente, grinçante, aux personnages dont on ne sait s’ils sont paranoïaques ou (extra) lucides, et qui appuie sur nos angoisses et légendes d’antan, comme celles d’aujourd’hui.

Si la série débute avec des histoires qui semblent contenues à un seul épisode, le spectateur réalise rapidement que presque tout est relié. Et après un épisode entier qui est entièrement un flashback du début du XVIIIe siècle (mon préféré, l’épisode, pas le siècle !), pour expliquer la colonisation de l’île et, surtout, montrer l’origine du Mal qui la ronge depuis plus de 200 ans, on pose un regard nouveau sur les histoires. Le rythme, tout comme mon intérêt, ont été maintenu encore davantage par la suite. Et à la fin, j’aurais voulu encore plus d’épisodes. D’ailleurs, une saison deux serait en préparation. 8,5 sur 10

Ciné-gars – L’atmosphère surnaturelle glauque est bien représentée dans La baie de la Veuve. De plus, pris sur une île isolée, cela donne une ambiance très propice pour l’aspect anxiogène de la série. J’ai particulièrement aimé l’épisode se déroulant entièrement dans le passé, qui donne les clés pour comprendre les phénomènes que l’île connaît encore aujourd’hui. L’interprétation du maire par Matthew Rhys, est bien, et celui de son assistante, quelque peu spéciale, aussi. 7 sur 10

Dernier détour

 (v.f. Hallow Road) Film 2026, thriller, drame, peur; Royaume-Uni, Irlande, République tchèque, 1 h 20, Amazon Prime; réalisation : Babak Anvari; interprètes : Rosamund Pikes. Matthew Rhys.

Synopsis – Deux parents, Maddie et Frank, se lancent dans une course contre la montre, lorsqu’ils reçoivent un appel téléphonique angoissant de leur fille de 18 ans, Alice, en pleine nuit, après qu’elle ait provoqué un tragique accident de voiture sur Hallow Road.

Ciné-fille – Quelle étrangeté cinématographique que ce film. Bien que la route (sans jeu de mot) et que le voyage que nous procure ce thriller est agréable, pour qui aime l’appréhension et le suspense, il est à la fois facile et difficile à décrire. Car le récit qui commence comme un simple drame routier bifurque vers des territoires plus sombres, quasi horrifiques.

Facile, parce que c’est un huis clos. Pratiquement tout le film se déroule dans la voiture, avec les deux parents qui vont au secours de leur fille, mais dont le seul lien avec elle est sa voix dans le haut-parleur du téléphone. Ce concept est original, et efficace. On ressent bien l’inquiétude du père et de la mère, leur détresse, leurs récriminations et leurs efforts pour leur fille. Et on découvre ainsi leur passé. Cette partie est brillante, et permet aux deux acteurs de démontrer l’étendue de leur talent. Et ils en ont, autant Rosamund Pikes que Matthew Rhys. Leur jeu est solide, contrôlé et réaliste.

Difficile, parce qu’au trois-quarts du film, certains éléments des contes ancestraux et du folklore anglais s’ajoutent au scénario, et l’accompagnent jusqu’à la fin. Et donc, cette fin est ouverte à l’interprétation. Rapidement, je recense au moins trois explications parmi lesquelles le spectateur peut choisir d’interpréter la fin : une folklorique, une réaliste et macabre, ou celle de la psychologie. Le réalisateur a laissé des indices tout au long du film, que l’on se remémore après le visionnement, pour essayer de déterminer la vraie fin. Mais Babak Anvari a volontairement choisi de ne pas donner aux spectateurs une fin tranchée.

Avec pour résultat un film qui ressemble à la route que les parents empruntent, sombre, sinueuse et tortueuse. Route, qui en passant, est parfaitement choisie, car elle donne l’impression aux spectateurs qu’elle se referme sur l’automobile des parents, qu’elle les engouffre. Bref, un bon voyage qu’est ce Dernier détour, pour ceux qui aiment les frissons et que ne pas connaitre exactement leur destination n’effraie pas ! 7,5 sur 10

Ciné-gars – Une interprétation solide des deux personnages principaux. Pendant le huis clos dans la voiture, toutes les émotions possibles ressenties par les parents y passent : le stress, les non-dits, la colère, ainsi que des reproches et des révélations surprises, dues aux circonstances. Tout cela nous tient en haleine. Avec une fin que l’on ne sait par quel bout prendre, à vous de choisir. 7 sur 10

Matthew Rhys a marqué l’histoire des Emmy Awards en réalisant un doublé inédit lors de la cérémonie de septembre 2026. L’acteur Gallois est devenu le premier à remporter deux Emmys du meilleur acteur pour un rôle principal, la même soirée : l’un pour La bête en moi (mini-série), et l’autre pour La baie de la veuve (comédie). Il est devenu, par la même occasion, le tout premier interprète masculin à remporter un Emmy du meilleur acteur principal dans les trois grandes catégories de la télévision au cours de sa carrière (drame, comédie, et mini-série), avec celui remporté pour The Americans en 2018.

print