Accueils en péril

Gleason Théberge
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Gleason Théberge – Sans prétendre jouer à l’historien, il me semble qu’avec l’arrivée des Français en terres autochtones, une certaine harmonie s’était créée entre les deux ethnies quant aux langues et aux coutumes dans ce qui était le premier Canada. Accueillis au sein des tribus, coureurs des bois vers le nord et voyageurs vers l’ouest ont pactisé avec les habitants du territoire quant aux usages, appris des langues et partagé des connaissances précieuses pour les colons. De nombreuses familles québécoises continuent d’ailleurs de transmettre aujourd’hui du sang amérindien. 

Mais la conquête britannique et la montée des obsessions religieuses méprisant les anciens alliés des Français a créé une rupture de respect que les Premières Nations ont cruellement subie pendant des siècles. Quant à eux, devenus Canadiens Français, nos aïeux caucasiens ont pendant ce temps vécu à leur tour des années de tentatives d’assimilation auxquelles ont répondu la révolte des Patriotes et celle de certains groupes des Grands Lacs contre le pouvoir anglais.

La suite fut l’objet de redécoupages de territoire séparant les francophones du reste du Canada, et contraignant Acadiens et autres groupes francophones d’un océan à l’autre à des luttes pour la survie de leur culture. Aux siècles derniers, la nation désormais québécoise a pourtant pu accueillir des réfugiés d’Irlande ou venus d’autres lieux en proie à des crises humanitaires, et qui ont très souvent adopté notre langue. 

S’est ajouté ainsi à notre patrimoine génétique et à nos coutumes de nouveaux traits qui sont restés. Mais le fédéralisme hautain en méprisant autant les francophones, les métis de l’Ouest que ceux qu’il a soumis à la loi dite des Indiens a contredit le type d’entente établie par nos ancêtres. Nos gouvernements continuent d’ailleurs de réagir avec lenteur, mais résolument, à la domination économique et linguistique que nous imposent à la fois des Canadiens-Anglais et des Étasuniens. 

Avec la récente pandémie, de nouveaux arrivants sont venus contribuer aux enjeux quotidiens de notre société devenue prioritairement laïque, mais demeurée tolérante à l’égard des croyances que contredit la science. Depuis, nos médias nationaux dévoilent régulièrement que beaucoup de ces derniers arrivés sont menacés d’expulsion, malgré qu’ils aient appris le français ou le parlaient déjà, et qu’ils aient rejoint notre marché du travail, dans des tâches parfois ingrates.

Je crois qu’on peut au moins douter de la pertinence de telles décisions face à des voisins qui partagent avec nous mots et mœurs, voire s’en indigner comme de plus en plus de déclarations en témoignent, dont celle-ci.

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