Les moulins de St Andrews 

Moulin de Johnson peint par K. Cochrane – Collection David Carruthers
Brian Parsons
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La vallée de l’Outaouais s’industrialise dès 1794

Joseph Graham (traduction de Brian Parsons) – Le major Patrick Murray, qui a combattu pour les Britanniques pendant la guerre d’Indépendance américaine et est devenu commandant du fort Détroit dans les années 1780, a acheté la seigneurie d’Argenteuil en 1793. Les seigneuries, héritées du régime français, servaient à coloniser des régions. Les propriétaires étaient activement à la recherche de colons et devaient leur fournir les biens de première nécessité. Ils tiraient aussi des revenus de la location de terres agricoles. Après la chute du régime français, il n’était pas rare que des personnes riches ou influentes acquièrent des seigneuries, encouragent la colonisation et en récoltent les fruits.

Pierre Panet, le seigneur qui a vendu à Murray, a accepté de reporter une partie du prix d’achat. Bien que l’échéancier de remboursement fût raisonnable, Murray manquait d’expérience pour développer la propriété et s’est rapidement retrouvé en faillite. Son fils James, qui, selon certaines sources, a sauvé la seigneurie des créanciers en 1803, a joué un rôle important dans son développement ultérieur. Cependant, malgré une croissance rapide, la seigneurie n’a jamais connu de stabilité. Ils ont nommé le village de Saint-Andrews, en hommage à leurs origines écossaises, et ont travaillé activement à son développement. En amont de la rivière du Nord, une vaste parcelle a été vendue à Jedediah Lane de Jericho, au Vermont, compromettant ainsi les droits seigneuriaux sur cette parcelle en échange d’un paiement rapide.

Soucieux d’améliorer les services offerts à ses fermiers locataires et de garantir leurs échanges commerciaux, Murray chercha en Nouvelle-Angleterre l’expertise nécessaire pour exploiter la rivière du Nord et construire un moulin à farine à St Andrews. Les nouveaux États-Unis n’étaient pas le pays des possibilités que l’on nous présente souvent. C’était l’époque de la rébellion de Shays, au cours de laquelle des milliers d’agriculteurs du Massachusetts – dont plusieurs avaient été contraints de servir comme soldats sans jamais être rémunérés pour leurs services – se soulevèrent parce que la riche élite de Boston saisissait leurs fermes pour le non-paiement des impôts fonciers. 

L’armée écrasa la rébellion et les tribunaux ne firent preuve d’aucune clémence. L’un des Pères fondateurs des États-Unis, Samuel Adams, qui avait appuyé la suspension de l’habeas corpus durant cette crise, déclara : « Dans une monarchie, le crime de trahison peut être pardonné ou puni avec indulgence; mais l’homme qui ose se révolter contre les lois d’une république mérite la mort. » À l’inverse, la vallée de l’Outaouais, alors ouverte à la colonisation au sein du riche et puissant Empire britannique, attira de nombreux jeunes habitants de la Nouvelle-Angleterre.

Murray a rencontré Thomas Mears, un ingénieur hydraulicien, prêt à émigrer, qui a construit un barrage sur la rivière du Nord et l’a aidé à concevoir et à construire le moulin en 1794. Le récit des travaux de Mears a attiré d’autres jeunes Américains à Saint-Andrews. Sous la direction de Walter Ware, dont le père exploitait un moulin au Massachusetts, ils ont négocié un bail avec le seigneur et ont construit un autre moulin presque en face du moulin à grains de l’autre côté de la rivière. Ce moulin deviendrait le premier moulin à papier au Canada.

Afin d’assurer la viabilité du moulin, Ware conclut un contrat avec James Brown, relieur et imprimeur montréalais, pour la vente des produits de papier produits par le moulin. Dès 1806, à peine un an après le début de la production, Brown, dont les entreprises allaient bientôt compter parmi leurs actifs la Montreal Gazette, acquit une participation minoritaire dans l’entreprise. Cet homme était un virtuose des procès, comme s’il instrumentalisait le droit pour parvenir à ses fins. Après avoir poursuivi Ware en justice pour non-respect du contrat, il a racheté le reste des actions en 1810 et s’est installé à St Andrews pour gérer lui-même le moulin.

Le premier moulin à papier du Canada a été construit en 1803 et fut ensuite transformée en moulin à grains – photo courtoisie

La suite de la carrière professionnelle de Brown se concentra de plus en plus sur le moulin à papier et, malgré le succès apparent de ses activités à Montréal, il vendit en 1822 la Gazette et ses entreprises montréalaises pour se consacrer pleinement à la scierie. Il s’est installé dans une région en pleine expansion, peuplée d’immigrants travailleurs et audacieux. Des radeaux de billots de bois, grands comme des villages, descendaient l’Outaouais, portés par les courants. Des bandes d’Irlandais, de Canadiens, de Maritimiens et d’Écossais, certains agriculteurs, d’autres désespérés de trouver du travail, abattaient sans réfléchir les anciennes forêts algonquines, cultivées et vénérées par une civilisation qui avait vécu en harmonie avec son environnement.

La rivière des Outaouais, autrefois appelée la Grande Rivière (Kichi-Sìbì; Kichi = grande, Sibi = rivière), qui avait accueilli pendant des siècles les communautés autochtones pour se réunir, échanger des dons, pêcher et chasser, se dégradait peu à peu jusqu’à devenir un véritable égout. Elle était désormais au service d’une nouvelle culture commerciale et industrielle fondée sur l’exploitation : on y prélevait les richesses sans se soucier de les préserver. 

En 1807, les Murray furent de nouveau confrontés à l’insolvabilité et durent se départir de leur seigneurie, vendue par le shérif à la suite d’une saisie. Sir John Johnson, une figure légendaire pour les liens que sa famille entretenait avec les communautés autochtones, a acquis la seigneurie, et les Murray semblent avoir disparu des archives historiques. Ce changement a eu pour conséquence pour James Brown le refus des Johnson de renouveler le bail initial de Walter Ware, un homme procédurier, à son échéance en 1834. Ils ont aussi construit un moulin pour les fermiers de l’autre côté de la rivière durant cette même période.

Bien que pas nécessairement les mieux adaptés aux réalités agricoles qui se développaient dans les vallées des deux rives, les immigrants américains devenaient les plus nombreux parmi les nouveaux arrivants. Forts de savoir-faire et d’audace « Yankees », ils ont apporté de nouvelles idées et techniques dans la vallée. Thomas Mears, un homme instruit et devenu inutile à Saint-Andrews après la construction des moulins, a suivi la tradition d’acquérir des terres pour l’agriculture. Cependant, fasciné par un rapide chenal sur la rive opposée de la rivière, identifié sur une ancienne carte française comme le Chennail écarté, il nourrissait d’autres projets. – Merci à David Carruthers et Robert Simard, Musée d’Argenteuil.

Vous trouverez la version anglaise sur le site josephgraham.ca.

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