L’amant de Lady Chatterly

Lyne Gariépy
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Deux adaptations du roman de D.H. Lawrence

Lyne Gariépy et Joanis Sylvain – Par curiosité, nous avons eu envie de visionner, pour vous, deux adaptations à l’écran du roman de D.H Lawrence, L’amant de Lady Chatterley, et de vous faire part de notre opinion sur chacune d’elles. Nous vous présentons donc la version de la BBC de 2015 et celle de Netflix, sortie en 2022. Ces deux films ont donné le goût à ciné-fille de relire le classique, et peut-être cela fera-t-il de même pour vous ? Ainsi le roman, controversé lors de sa parution en 1928 et censuré pendant plusieurs années, deviendra peut-être votre lecture d’été, qui sait ?

L’amant de Lady Chatterley – (v.f. Lady Chatterley Lover’s) Téléfilm, 2015, drame historique, romance du Royaume-Uni; 1 h 32 minutes, par BBC sur Tou.tv extra. Réal. : Jed Mercurio; interprètes : Holliday Grainger, Richard Madden et James Norton.

Synopsis – Pendant la Grande guerre, Constance Reid se marie par amour à l’aristocrate sir Clifford Chatterley durant l’une de ses permissions. Celui-ci, reparti dans les tranchées pour combattre, revient quelques mois plus tard paralysé et condamné à se déplacer en fauteuil roulant pour le restant de ses jours. Constance reste loyale et aimante, mais Clifford, qui rêve d’avoir un fils, est désormais impuissant. Peu à peu, Constance se retrouve seule. Lors d’une promenade sur leur propriété, Lady Chatterley va faire la rencontre de son garde-chasse, Oliver Mellors. S’ensuit alors une liaison passionnelle et interdite entre les deux amants. Constance devra choisir entre son mariage avec Clifford et son amour pour Oliver.

Ciné-fille – Cette adaptation est la première que nous ayons visionnée. Et que de beauté à l’écran ! Les costumes, superbes et appropriés, les décors, et les paysages, moins ostentatoire de la richesse du mari que dans celle de Netflix, mais aux textures et couleurs riches et d’apparence plus réaliste. Holiday Grainger (My Cousin Rachel) et Richard Madden (Game of Thrones) sont aussi non seulement très en beauté, mais aussi très talentueux. Tout comme James Norton (Downton Abbey), qui, malgré un rôle ingrat, démontre tout son talent. 

D’ailleurs, son personnage du mari est davantage développé dans cette version, contrairement à celle de Netflix. On le voit dans les tranchées, s’obliger à des séances d’électro-chocs pour retrouver sa fertilité, négliger ses devoirs conjugaux. James Norton apporte de la matière à son personnage, qu’il joue tour à tour décidé, torturé, fragile ou totalement pathétique. Son personnage nous est cependant plus sympathique que dans le roman, dans lequel il se déshumanise davantage. Il s’agit bien dans cette adaptation d’un trio amoureux complexe et compliqué par la différence de classe des protagonistes. Ce téléfilm met davantage l’accent sur les ravages de la Première Guerre mondiale et la lutte des classes en Angleterre au début du XIXe siècle. La version de la BBC aborde ces conflits de front, alors que la version Netflix se concentre presque exclusivement sur l’histoire d’amour, reléguant la question sociale au second plan, et, en cela, celle de la BBC est davantage fidèle au roman. 

Cette adaptation de L’amant de Lady Chatterley est beaucoup plus pudique, tant du livre que de la version Netflix, misant davantage sur les sentiments de Connie que sur sa sexualité.  Cette version est très axée sur le drame psychologique et le poids de la société. L’esthétique est celle d’un drame d’époque britannique traditionnel, sobre, où la tension sexuelle est bien présente, mais passe par de nombreux non-dits et une pudeur propre à la télévision. Pour la fin, sans vous la révéler, le destin des amants est laissé en suspens. La BBC respecte cet arrière-goût doux-amer et partage l’incertitude de celle du roman, mais diffère en cela qu’elle est plus positive. 90 minutes, c’est un peu court pour montrer toute la subtilité du roman de D.H. Lawrence, mais les éléments principaux sont présents, et dans un bel enrobage visuel. À voir pour les décors, costumes et paysages magnifiques, l’aspect historique sur la lutte des classes bien présent, et pour le triangle amoureux et psychologique plus développé. 8,5 sur 10

Ciné-gars – Le film nous offre une belle entrée en matière avec la rencontre entre Clifford et Constance. On voit la relation s’installer, le mariage, et le drame arriver. En cela le film nous permet de s’attacher aux deux personnages. La relation est plus développée. Cette adaptation de la BBC est plus axée sur le côté sociétal, on voit la lutte des classes, et en cela, ce film est plus complet que celui de Netflix. Le jeu des acteurs est bon, et j’ai trouvé leur interprétation meilleure que dans l’autre. À voir pour une histoire plus fluide. 7,5 sur 10

L’amant de Lady Chatterley – (v.f Lady Chatterley Lover’s) Film, 2022, drame historique, romance, États-Unis, Grande-Bretagne. 2 h 12 minutes, sur Netflix. Réal. : Laure De Clermont-Tonnerre; interprètes : Emma Corrin, Jack O’Connell et Matthew Duckett.

Synopsis – En épousant par amour sir Clifford Chatterley, Connie est devenue Lady Chatterley, s’assurant une vie de privilèges et d’abondance. Mais cette union idéaliste s’apparente bientôt à une prison quand Clifford revient paralysé de la Première Guerre mondiale. Ensuite, Connie rencontre Oliver Mellors, le garde-chasse du domaine, et en tombe amoureuse. Les rencontres secrètes des deux amants vont être pour Connie l’occasion d’un éveil à la sensualité et à la sexualité. Mais quand leur liaison alimente les rumeurs dans le voisinage, la jeune femme doit prendre une décision qui va changer sa vie : suivre son cœur ou revenir à son mari et endurer ce que la société édouardienne attend d’elle.

Ciné-fille – Cette version se concentre presque exclusivement sur la découverte par Connie de sa sexualité et sur sa relation avec Mellors. En cela, le film se rapproche davantage du roman de D.H Lawrence. Par contre, toute la partie sur la lutte des classes est reléguée au second plan. Le personnage du mari est aussi beaucoup moins développé que dans le film précédent. On ne voit pas la rencontre entre lui et Connie, et on n’assiste pas réellement à sa déchéance. Par contre, le personnage de Mellors est plus sympathique que dans la version de la BBC. On comprend davantage l’attirance physique et ensuite amoureuse, entre Lady Chatterley (Emma Corrin, The Crown) et Mellors (Jack O’Connell, 28 ans plus tard). Les scènes de sexualité et d’amour sont plus explicites, mais pas gratuites. Au fil du film, les scènes de nudité nous font comprendre l’évolution de Lady Chatterley dans sa découverte d’elle-même et dans sa relation avec son corps et avec Mellors, qui est égalitaire. Les deux acteurs sont excellents et partagent une belle chimie à l’écran. Cette histoire, jugée « obscène » lors de sa publication en 1928, fonctionne toujours, près d’un siècle plus tard.

La réalisatrice Laure de Clermont-Tonnerre propose une photographie visuellement somptueuse, mais plus froide, dans les teintes bleutées, donnant un côté presque surréaliste aux scènes dans la nature. Les costumes, décors et paysages sont beaux, mais accessoires. Petit clin d’œil sympathique : l’actrice Joely Richardson, qui interprète Madame Bolton, l’infirmière de Clifford dans la version 2022 tenait le rôle de Lady Chatterley dans la série de 1993.

À voir pour le personnage féminin qui se découvre, la relation entre les deux amants, plus tendre, le côté romantique et la fin plus aboutie et pleine d’espoir. 8,5 sur 10    

Ciné-gars – Dans cette adaptation, on ne voit pas le mariage, et le mari est plus effacé. Mais on voit davantage le personnage de la sœur de Connie, qui nous permet de découvrir une version de femme plus indépendante.

J’ai aimé l’évolution de Lady Chatterley : au début de l’aventure avec Mellors, ce sont des désirs sexuels, la découverte de sa sexualité, pour devenir une vraie relation amoureuse, qui culmine par l’émancipation du personnage, qui prend son envol. Les scènes de sexualité sont plus explicites, pas toujours tendres, mais c’est à travers ces scènes qu’on découvre leurs sentiments. À voir pour la fin, plus intéressante. 7,5 sur 10

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