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Gleason Théberge – Dans chaque langue, la désignation des gens unis par l’amour varie évidemment selon la culture et les époques. On peut y voir de simples usages sur lesquels il n’est pas nécessaire de se questionner, mais à l’examen, les mots de l’affection offrent des nuances révélatrices. Entre autres, dans les pratiques au Québec tout comme en France ou aux États-Unis, deux sources qui nous influencent.
Les termes neutres courants, comme mon amour / my love; mon cœur / my heart; chéri / darling dérivent bientôt en termes plus expressifs. Ici comme en France, mon homme est ainsi plus marqué que mon mari; et il en est de même en anglais pour my man par rapport à my husband. Mais c’est avec ce qui insiste sur l’affection mutuelle que les différences s’installent.
Or, chez les anglophones, curieusement, les hommes parlent de leur conjointe en disant she’s my girl, qui peut signifier plus précisément, c’est ma fille. Ou encore, et plus étonnant, she’s my baby (bébé) On ne compte ainsi pas le nombre de chansons qui concernent leur babe. Et personne ne paraît surpris qu’une femme soit désignée comme si elle était une fillette, voire une enfant en bas âge. Un parallèle s’établit d’ailleurs avec les expressions anglaises quand nous parlons d’une petite amie, ou d’une copine.
Chez nous, francophones, ce dont les étrangers se surprennent c’est que nous parlions plutôt d’une blonde (moins d’une brune ou d’une rousse), pour évoquer une amoureuse. Nous ne faisons pourtant que reprendre l’évocation des dames de nos contes, Iseult, Cendrillon, Raiponce, et d’autres allusions aux beautés blondes comme dans la chanson Auprès de ma blonde ou avec le « ma blonde m’a lâché » du Phoque en Alaska. En France, par contre, on fait parfois références aux poules, aux lapins, aux biches : l’auteur Boris Vian évoque ainsi son ourson Ursula.
Chez les personnes plus âgées, cependant, il est encore fréquent que la compagne soit appelée bonne amie, bien aimée… Mais nous disons aussi ma douce, mon ange; et une femme est souvent comparée à une perle. Le poète Gauvreau évoque l’olivine, une pierre rare.
Bien sûr, les créatures, le bonhomme et la bonne femme, comme l’ancien ma bourgeoise des Belles histoires des Pays-d’en-Haut ou du Temps d’une paix sont devenu désuets, tout comme mademoiselle a tendance à disparaître.
C’est d’ailleurs surtout pour qualifier la femme que les termes abondent; alors que pour l’homme, en France, il n’y a surtout le ec, l’ancien zigue (ziigoto) et le moderne pote. En anglais, le mor guy / garçon (prononcé gaille) est passé au pluriel guys (gaïze) de l’homme à toutes les personnes d’un groupe composé indifféremment d’hommes ou de femmes.
On peut enfin noter que semblablement au darling anglais qu’on adresse autant à la femme qu’à l’homme, au Québec nous avons adopté le tchomme (chum) tout aussi non genré.
