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Son origine
Brian Parsons – La Fête nationale trouve son origine dans d’anciennes célébrations païennes du solstice d’été, une tradition où l’on allumait des feux pour célébrer la lumière du jour le plus long de l’année. En France, l’Église catholique romaine a adapté cette fête et l’a associée à Jean-Baptiste, cousin de Jésus. La tradition a été introduite au Canada par les colons français qui célébraient la fête traditionnelle de la Nativité de Saint-Jean-Baptiste.
La première mention des célébrations de la Saint-Jean-Baptiste en Amérique du Nord remonte au 23 juin 1606, lorsque des colons en route vers la future Acadie se sont arrêtés sur la côte de Terre-Neuve. Une autre mention de célébrations concerne celles qui ont eu lieu sur les rives du fleuve Saint-Laurent le soir du 23 juin 1636 avec un feu de joie et cinq coups de canon.
Au Bas-Canada, la célébration de la Nativité de Saint-Jean-Baptiste a pris une tournure patriotique à l’initiative de Ludger Duvernay, l’un des fondateurs du Journal La Minerve, qui deviendra plus tard le premier président de la Société de Saint-Jean-Baptiste. Au printemps 1834, Duvernay et d’autres patriotes ont assisté aux célébrations de la première Saint-Patrick irlandaise à Montréal, ce qui a inspiré l’idée d’organiser un événement similaire pour tous les Canadiens et amis. Le 24 juin de cette année-là, « Ô Canada ! mon pays, mes amours » de George-Étienne Cartier a été chanté pour la première fois lors d’un grand banquet patriotique réunissant une soixantaine de Montréalais francophones et anglophones dans les jardins de l’avocat John McDonnell près de l’ancienne gare de Windsor. Le terme « Canada » dans la chanson désigne le Bas-Canada, l’actuel sud du Québec. Des toasts ont été portés au Parti patriote, aux États-Unis, à l’Irlande et aux Quatre-vingt-douze résolutions. (Le Parti patriote a travaillé à créer une politique par le peuple, pour le peuple et au moyen d’une démocratie directe, et s’engager à défendre et à protéger le peuple québécois de tout ce qui peut nuire à son existence. Les Quatre-vingt-douze résolutions, une série de revendications en faveur de réformes politiques dans la colonie gouvernée par la Grande-Bretagne, ont été rédigées par Louis-Joseph Papineau et d’autres membres du Parti patriote en 1834.) Les célébrations se sont reproduites en 1835, 1836 et 1837, puis n’ont pas eu lieu pendant plusieurs années après la défaite du mouvement insurrectionnel lors de la rébellion du Bas-Canada et la répression militaire qui a suivi.
L’organisme de bienfaisance Saint-Jean-Baptiste, fondé par Duvernay en 1834, a été constitué en vertu d’une charte en 1849 avec pour mission de promouvoir le progrès social et moral. Les célébrations, appuyées par l’Église catholique, étaient alors principalement religieuses. Outre l’allumage traditionnel des feux de joie, des défilés ont été organisés et sont devenus une tradition importante; le défilé de chars allégoriques a été introduit en 1874. Le 24 juin 1880 la Société Saint-Jean-Baptiste a organisé un rassemblement de toutes les communautés francophones d’Amérique du Nord, le premier Congrès national des Canadiens français. À cette occasion, les citoyens de Québec ont entendu pour la première fois « Ô Canada » de Calixa Lavallée, basé sur un poème du juge de la Cour supérieure du Québec Adolphe-Basile Routhier, et commandé par la Société Saint-Jean-Baptiste. La chanson fut bien reçue, mais ne devint pas populaire avant plusieurs années; des paroles anglaises ont été écrites plus tard pour une tournée royale en 1901. En 1980, « Ô Canada » est devenu l’hymne national officiel du Canada.
En 1908, le pape Pie X a nommé Saint-Jean-Baptiste patron des Canadiens français. En 1925, 91 ans après le banquet Duvernay à Montréal, le 24 juin est devenu un jour férié au Québec. En 1977, un décret du lieutenant-gouverneur Hugues Lapointe, sur l’avis du premier ministre René Lévesque, a proclamé le 24 juin Fête nationale du Québec. L’année suivante, le Comité organisateur de la Fête nationale a été créé et a initialement confié l’organisation des festivités à la Société des festivals populaires du Québec. En 1984, à l’occasion du 150e anniversaire de la Société Saint-Jean-Baptiste, l’organisation des célébrations a été confiée au Mouvement national des Québécoises et des Québécois (MNQ), un mouvement souverainiste. En faisant du 24 juin un jour férié, cette journée est devenue une fête pour tous les Québécois, et non plus seulement pour ceux d’origine franco-canadienne ou catholique. Les célébrations se sont progressivement sécularisées, principalement grâce aux actions du MNQ, et les festivités des 23 et 24 juin sont devenues telles que nous les connaissons aujourd’hui, avec de nombreuses réjouissances la veille du jour férié. Bien que la signification religieuse de cette fête civique ait disparu, elle demeure communément appelée « la Saint-Jean-Baptiste », ou simplement « la Saint-Jean ».
