Charlotte Ballet 

Le Charlotte Ballet a fait ses débuts au FASS. La compagnie nous a présenté un triptyque réunissant trois chorégraphes majeurs dans la danse contemporaine. Nicole Vaughan-Diaz, Crystal Pite et Mthuthuzeli November – photo : Taylor Jones
Carole Trempe
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Relations aux autres, au temps et à soi

On Three – Nicole Vaughan-Diaz

Des individus commencent dans la confrontation et l’isolement avant de parvenir progressivement à une forme d’écoute mutuelle. La chorégraphe fait évoluer une énergie brute vers un rapprochement humain. Le titre évoque le moment où les personnes décident d’agir ensemble, un, deux, trois…

On y voit une succession de propositions chorégraphiques sans véritable architecture dramatique qui les unifie. Les danseurs sont très bons, l’écriture semble en devenir.

Solo Echo – Crystal Pite

La neige tombe sans interruption, mais elle ne sert pas de décor. Elle devient presque un personnage. La lumière, les costumes, les corps, la musique de Brahms pour violoncelle et piano… tout concourt pour créer une œuvre d’une rare cohérence. Une pure splendeur.

Les fantastiques danseurs sont au même diapason. Un ensemble qui respire, écoute et se déplace comme un seul organisme. Le lyrisme, la musicalité exceptionnelle, la virtuosité qui ne cherche jamais l’effet : l’interprétation est à couper le souffle.

On assiste à la poésie de Crystal Pite, cette icône incontestable. Une énergie profondément incarnée. La pièce évoque le passage du temps, la mémoire, la perte et aussi la résilience. Les danseurs sont traversés par des forces invisibles, comme par le vent. On ressent la sagesse des êtres qui apprennent à vivre avec ce qui disparaît, sur les sonates de Brahms.

Une pièce d’une somptueuse beauté et d’une profondeur mnésique.

As I Am – Mthuthuzeli November

Cette pièce clôt le programme avec une énergie toute différente. Les rythmes africains irriguent chaque tableau et donnent à la danse une pulsation presque organique. Les mouvements alternent entre une grâce infinie et des ruptures plus saccadées créant un langage corporel à la fois puissant et délicat. La lumière, légèrement teintée de jaune, enveloppe la scène d’une chaleur qui évoque autant le climat qu’une humanité.

La compagnie présente l’œuvre comme une exploration de l’identité nourrie par les voies ancestrales et la liberté de devenir pleinement soi. Cette pièce traite de l’identité, des racines et de l’authenticité. 

Elle pose une question universelle : comment devenir pleinement soi-même sans renier ce qui nous a façonnés ?

Mthuthuzeli November est l’une des voix montantes de la chorégraphie internationale.En réunissant ces trois univers, le Charlotte Ballet offrait bien davantage qu’un simple programme de danse contemporaine. Il nous invitait à parcourir trois dimensions essentielles de l’expérience humaine : apprendre à vivre ensemble, accepter le passage du temps et poursuivre, sans jamais cesser, la quête de son identité. Si toutes les œuvres ne nous atteignent pas avec la même intensité, chacune éclaire à sa manière une facette de notre humanité. Et lorsque la danse parvient, comme dans Solo Echo, à faire disparaître toute distance entre les interprètes, la musique et le spectateur, elle cesse d’être un spectacle : elle devient une expérience profondément vécue.

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