- Parcours singulier de Rawss - 18 juin 2026
- Avec le FASS - 24 mai 2026
- Myriam Allard - 24 mai 2026
Du battle à Virginia Woolf
Carole Trempe – Lorsque l’on évoque le popping, on pense spontanément aux battles, à la virtuosité technique et à la culture urbaine. Pourtant, pour la danseuse, chorégraphe et enseignante Élie-Anne Ross, cette discipline est aussi devenue un moyen d’explorer l’intériorité humaine.
Invitée cet été au Festival des Arts de Saint-Sauveur, elle présentera, dans les sentiers, un extrait de Flux, sa première œuvre chorégraphique, un projet né durant la pandémie et inspiré notamment par la lecture de Mrs Dalloway de Virginia Woolf.
Élevée dans un environnement multiculturel où la musique de tous horizons occupait une place importante, Élie-Anne Ross commence à danser dès l’âge de 14 ans. Son talent attire rapidement l’attention de trois figures marquantes du popping : Fon DeVueno-Powell, Hitmaster Fish et Handy Yacinthe. Pendant cinq ans, ces mentors lui transmettent généreusement leur savoir.
« Ils m’ont ouvert les portes d’une communauté », résume-t-elle avec reconnaissance. À une époque où peu de femmes évoluent dans cette discipline, elle construit progressivement sa place au sein d’un univers largement masculin. Les battles la mèneront de Montréal aux États-Unis, puis sur la scène internationale.
Mais au fil des années, une question s’impose. Comment habiter pleinement un corps de femme dans un langage corporel qui lui a été enseigné principalement par des hommes ? Cette réflexion l’amène à entreprendre une démarche plus personnelle. « J’avais besoin de me connaître comme femme, de me réapproprier mon corps, de découvrir ma propre façon de bouger », explique-t-elle.
En faire un récit profondément personnel
La pandémie lui offre alors un temps d’arrêt inattendu. Une période difficile pour plusieurs artistes, mais qu’elle décrit comme étonnamment féconde sur le plan créatif. C’est durant cette période qu’elle découvre Virginia Woolf et son célèbre roman Mrs Dalloway. Elle y rencontre une forme d’écriture qui la fascine : le flux de conscience, où les pensées se succèdent librement, passant d’une émotion à une autre, d’un souvenir à une sensation, sans progression linéaire.
Cette approche agit comme une révélation. À travers l’écriture automatique, elle trouve une manière d’accéder à sa propre voix intérieure et de construire un récit profondément personnel. De cette rencontre entre littérature et mouvement naît Flux. Au FASSS, Rawss présentera un extrait d’une dizaine de minutes. L’œuvre se déploie en trois tableaux. Dans le premier, la parole occupe l’avant-plan. Dans le deuxième, le corps prend le relais. Dans le troisième, mots et mouvement s’entrelacent jusqu’à ne former qu’un seul langage. Le popping demeure au cœur de sa démarche. Cette technique, fondée notamment sur les isolations musculaires, permet de dissocier différentes parties du corps et de créer l’illusion qu’un seul segment est en mouvement. Mais chez Élie-Anne Ross, la virtuosité technique est toujours mise au service de l’expression.
Chaque représentation repose sur une structure précise tout en laissant une large place à l’improvisation. Certaines séquences sont établies, mais l’interprète demeure libre de réagir à l’instant présent. Cette liberté est essentielle à sa démarche. Au-delà de la performance, elle cherche avant tout la rencontre. « J’espère que les gens se reconnaîtront dans ce qu’ils voient », confie-t-elle. Car si Flux prend sa source dans une expérience intime, son propos se veut profondément universel. Les pensées qui dérivent, les émotions qui se transforment, les passages d’un état à l’autre appartiennent à chacun d’entre nous.
Son approche est résolument humaniste, inclusive et rassembleuse. « Nous sommes tous dans le même bateau », dit-elle simplement. Une invitation à ralentir, à écouter le mouvement de nos pensées et, peut-être, à reconnaître dans le parcours d’une autre une part de notre propre histoire.
Rawss présentera Flux aux sentiers du FASS 2026, sa performance sera présentée les journées suivantes : 3 juillet Val-Morin, Place des Férias – 4 juillet Morin-Heights, parc du domaine Castel-Marie – 5 juillet Saint-Hippolyte, centre de plein-air Roger Cabana – 25 juillet Saint-Sauveur, parc John-H.-Molson
