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Ne jamais renoncer à nos rêves
Daniel Machabée – Dans ce vaste monde, il existe des endroits où le Soleil est aussi têtu qu’un vieux Québécois devant sa pelle en avril. Il reste là, les deux mains dans les profondeurs du ciel, regardant le monde qu’il éclaire comme s’il avait oublié de rentrer chez lui. Le Soleil de minuit, ce n’est pas un phénomène; c’est une façon de penser. Les humains ont appris que toute la lumière finit par s’éteindre, anéantie par les ténèbres. Que chaque fête prenne fin, que chaque chanson trouve son dernier accord et que chaque journée qui passe accepte de tirer les rideaux. Là-haut, le Soleil de minuit n’a pas signé ce contrat.
Il reste dans sa position comme un enfant qui refuse de quitter un parc. Il étire le temps jusqu’à ce que les heures perdent leur nom. Minuit ressemble à 16 h de l’après-midi et les oiseaux se demandent s’ils doivent dîner ou souper. Les humains, eux, finissent par comprendre que ce n’est peut-être pas l’horloge qui dicte leur vie, mais plutôt l’habitude. Le Soleil de minuit, c’est le voisin qui reste sur le balcon après le barbecue. C’est le vieux du Bas du fleuve qui raconte juste une dernière histoire, puis une autre et une autre… jusqu’à ce que les étoiles abandonnent l’idée absurde d’illuminer le ciel de points brillants. Pendant ce temps-là, la nuit attend son tour patiemment. Elle ne proteste pas, car elle sait que son tour viendra. C’est inéluctable. Même la lumière la plus obstinée finit par comprendre que l’ombre n’est pas son ennemie. Elle est son repos.
On passe notre vie de mortel à courir après la lumière. Les promotions, les applaudissements, les futiles glorioles. On veut des journées plus longues, des étés plus généreux, des occasions qui semblent ne jamais s’éteindre. Les plus belles choses ne brillent pas parce qu’elles durent, elles brillent, car elles savent comment partir. Le Soleil de minuit nous raconte peut-être exactement le contraire de ce que l’on croit. Il nous montre une lumière sans fin pour nous rappeler que la vraie richesse n’est pas de vivre éternellement au grand jour, mais de reconnaître la valeur d’un instant quand il passe.
Parce qu’au fond, chacun porte en lui ce Soleil de minuit. Cette idée folle de croire qu’il reste encore de la lumière quand le jour est terminé. Cette petite braise, cette étincelle qui refusent d’obéir à un quelconque calendrier. Cette espérance qui éclaire encore le chemin quand toutes les autres lumières se sont éteintes. Si le Soleil de minuit fascine autant, c’est parce qu’il défie la nature. C’est parce qu’il ressemble à ce qu’il y a de plus humain en nous, cette faculté si humaine de ne jamais renoncer à nos rêves. Je me suis toujours dit qu’un jour (ou une nuit !), je verrai ce Soleil de minuit. J’ai rendez-vous avec lui dans deux semaines… Je vous en reparle à mon retour. Bon été et bonnes vacances !
