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Les coûts cachés de la sécheresse
Jade Belleville – Le manque d’eau est un enjeu bien réel qui se fait déjà ressentir depuis quelques années à travers la province. Nos cours d’eau baissent, leur qualité se détériore et les impacts nous affectent tous. Les experts lancent l’alerte : on doit se préparer avant qu’il ne soit trop tard.
Le 11 juin dernier, l’Organisme des bassins versants de la rivière du Nord a organisé une conférence sur les conséquences potentielles du manque d’eau futur. Kristelle Audet, conseillère chez Groupe AGÉCO, en était la conférencière. Son exposé était centré sur l’un de ses projets de recherche, intitulé « conséquences attendues survenant en contexte d’aggravation des déficits d’eau sévères au Québec » (CASCADE). Elle s’appuyait sur des récits structurés pour rendre tangibles les risques climatiques complexes en présentant une série d’événements possibles et leurs répercussions. Grâce à la recherche, il est possible de mettre en évidence le scénario le plus pessimiste dans un contexte de réchauffement planétaire d’environ +3 °C, en se fondant sur les conséquences passées et les prévisions pour les années à venir. Les résultats rapportent qu’une période prolongée de faibles précipitations combinée à des températures élevées entraînent une baisse importante des débits des rivières et des réserves d’eau. Cette diminution affecte les écosystèmes aquatiques, l’économie locale, ainsi que la santé de la population québécoise. À plus long terme, la rareté de l’eau peut accentuer les tensions entre usagers, fragiliser la cohésion sociale et diminuer la confiance envers les institutions responsables de sa gestion. Bref, il ne s’agit pas d’un problème à négliger.
Risques environnementaux
Une trop petite quantité d’eau dans les cours d’eau amène de nombreuses conséquences pour les écosystèmes. Premièrement, plus le débit de l’eau est faible, plus on observe une concentration de polluant. Cette mauvaise qualité de l’eau devient alors un énorme problème pour les espèces aquatiques, qui verront leur population diminuée. Cette pollution peut aussi impacter le pH de l’eau, permettant à certaines espèces d’algues envahissantes de s’installer. Ces algues diminuent la diversité de la végétation aquatique, ce qui change complètement la configuration de nos plans d’eau et de sa qualité. Le réchauffement de la planète réchauffe évidemment l’eau. Les espèces, ne pouvant pas s’adapter aussi rapidement que le réchauffement climatique, pourraient disparaître très rapidement.
En plus des problèmes de qualité d’eau, les sécheresses peuvent modifier l’habitat des poissons et autres espèces animales. Si l’accès entre différents cours d’eau devient trop difficile ou même impossible, certaines espèces qui se déplacent de plans d’eau en plan d’eau pour pondre verront leur population diminuée considérablement.
Il n’y a pas seulement les espèces aquatiques qui sont touchées, puisque les sécheresses augmenteront aussi le nombre de feux de forêt. La qualité de l’air sera compromise pour toutes les espèces animales et végétales.
Risques sanitaires
Les sécheresses ont des impacts importants sur les écosystèmes. En tant qu’humains, nous sommes une composante de ces écosystèmes et donc loin d’être à l’abri des conséquences. La dégradation de la qualité de l’eau et l’augmentation de la présence d’algues toxiques accroissent le risque de maladies, telles que la diarrhée, le choléra et l’hépatite A, entre autres.
Les sols asséchés peuvent aussi contribuer à des problèmes respiratoires, aggravant l’asthme et autres affections respiratoires.
Risques économiques
Les sécheresses amènent leur lot de difficulté pour les agriculteurs, qui voient leur production chuter lors de certains étés. Des mesures de soutien d’urgence existent pour aider les agriculteurs financièrement, mais ceux-ci coûtent plusieurs dizaines de millions et ce chiffre risque d’augmenter d’année en année à mesure que le problème s’aggravera.
Le Québec ressent également les impacts de ces sécheresses dans les exportations d’électricité. En 2023 et 2024, Hydro-Québec a été forcée de réduire de moitié ses exportations à cause de la pénurie d’eau dans ses réservoirs, ce qui a mené à une baisse de revenu de 866 M$ pour 2024 seulement.
Le secteur touristique sera également touché par les conséquences de la sécheresse. Comme cela a été mentionné plus tôt, une mauvaise qualité de l’eau peut entraîner des risques pour la santé. Certaines municipalités devront donc interdire la baignade et les activités d’embarcation sur leurs lacs et rivières. Celles-ci pourraient donc voir leurs revenus issus du tourisme chuter.
De plus, si les municipalités manquent d’eau dans leurs réseaux d’approvisionnement, ils doivent se tourner vers l’achat d’eau par camions-citernes. L’installation de nouveaux réservoirs et puits peut aussi être nécessaire, mais ces alternatives coûtent cher, surtout pour les petites villes.
Les impacts ne doivent donc pas être pris à la légère. Il y a toutefois un manque important d’information à l’échelle locale sur les écosystèmes et le manque d’eau est un enjeu encore trop peu documenté. Il est important que les gouvernements financent et soutiennent des recherches comme Cascade et celles de OBVRDN afin de mieux comprendre les phénomènes et les anticiper. — Voyez l’article : Manque d’eau : les municipalités à l’épreuve
