Le Trio Fibonacci

Carole Trempe
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Une seule voix et tout un orchestre

Carole Trempe – Dans la série les Grands Classiques, le samedi 25 avril 2026, Diffusions Amal’Gamme produisait le Trio Fibonacci dans La gloire des pionniers, à la salle de spectacle Saint-François-Xavier de Prévost.

Le Trio Fibonacci

Un ensemble canadien qui s’impose depuis une trentaine d’années comme une formation engagée, curieuse et physiquement investie dans la musique. Il se distingue par une approche très incarnée, un souci de faire dialoguer les œuvres avec des programmes réfléchis et une esthétique où l’on sent la rigueur de la musique de chambre et une énergie presque orchestrale.

Le nom Fibonacci n’est pas anodin. Il évoque la croissance, la structure, les proportions. Une belle métaphore pour un trio où tout repose sur l’équilibre.

Les musiciens

Julie-Anne Derome – violon. Une énergie folle ! Son jeu est intense, incisif, habité avec une présence scénique très forte. Elle apporte une tension dramatique et une impulsion constante. Elle agit comme un moteur narratif. Elle projette un son avec une attaque franche, presque mordante tout en ayant une capacité à passer de la tension à la lumière très rapidement. Son instrument répond rapidement à une énorme quantité de coups d’archet donnés avec vitesse et lyrisme.

Gabriel Prynn – violoncelle. Un musicien profond, ancré, chantant. Un pivot expressif dans le soutien harmonique et dans la voix intérieure souvent très humaine. Il donne la gravité et la respiration. Son violoncelle possède une bonne réserve de graves d’où jaillissent un son ample, chaud et profond que l’on ressent directement au cœur. 

Maxim Shatalkin – piano. Pianiste avec une solide formation russe où l’on entend la richesse sonore et la structure. Il possède une articulation d’une netteté extraordinaire, un contrôle du poids et du toucher qui lui permet de modeler le son comme un sculpteur. Sa virtuosité est organique, presque invisible. Ses lignes chantent, respirent, se suspendent. Il se dégage de ce pianiste une densité émotionnelle retenue en ce sens qu’il joue moins pour impressionner que pour révéler.

Le programme 

Un programme intelligemment construit sous le titre évocateur La gloire des pionniers traçant une trajectoire lumineuse à travers l’histoire du trio avec piano.

W. A. Mozart : Trio en do majeur, K,548. Cette œuvre d’une grande limpidité en apparence est redoutable et exigeante sur le plan de l’équilibre, du souffle et de la finesse du dialogue. Ce qui frappe chez ce trio, c’est la clarté des lignes. Chaque voix est dessinée avec une précision rare. Les musiciens installent une qualité d’écoute remarquable. Une attention fine, presque tactile où chaque inflexion semble anticipée plutôt que suivie.

Joseph Haydn : trio en sol majeur Hob.XV.25, trio tzigane. Œuvre charnière, élégante, brillante et tournée vers une expressivité plus théâtrale. Elle exige une clarté classique irréprochable tout en laissant ressortir une énergie quasi populaire, surtout dans le dernier mouvement. On a tout entendu parfaitement. Le piano ne noie pas les cordes, le violon ne surligne pas inutilement, le violoncelle existe pleinement comme voix structurante. Leur interprétation est vivante, mobile, respirée. On sent l’intelligence du discours.

Ludwig Van Beethoven : Symphonie no 5 (pour trio). C’est avec l’adaptation de cette symphonie que la soirée atteint une intensité saisissante. Cette œuvre emblématique du répertoire orchestral se trouve ici mise à nu, réduite à trois voix et pourtant, rien ne semble manquer, au contraire. Même réduite, cette œuvre porte encore l’infini.

Le défi est immense : faire entendre à travers trois instruments, la densité, la tension et l’architecture d’un orchestre. Le trio le relève avec une maîtrise impressionnante. Le piano devient tour à tour section de cordes, cuivres ou moteur rythmique. Le violon projette avec une force presque orchestrale, il porte l’élan. Le violoncelle ancre, soutient, humanise tout en portant la profondeur du discours.

En conclusion 

Ce qui frappe surtout chez ces musiciens, c’est leur écoute mutuelle, leur capacité à anticiper l’autre. À un tel point que les individualités semblent s’effacer au profit d’une pensée musicale commune. Même intention du phrasé, même direction dans la ligne, articulation homogène entre cordes et piano. On croirait entendre une seule voix et pourtant tout un orchestre respire à travers eux. C’est difficile à expliquer mais très clair à vivre. Une fusion telle que la ligne musicale devient unique, continue… tout en restant traversée de couches, de profondeurs, de résonances multiples.

La musique circule physiquement, les musiciens ne retiennent pas, le public est emporté dans un flux extraordinairement exécuté. Quel concert ! 

On en vient à se demander jusqu’où le Trio Fibonacci pourra encore se dépasser ?

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