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Ses héritages musicaux au carrefour des cultures
Carole Trempe – Sur les pas du flamenco, avec le violoncelliste Dominique Beauséjour-Ostiguy et le guitariste Christ Habib, présente des héritages musicaux au carrefour des cultures. Un spectacle du duo Beauséjour-Habib présenté samedi 10 octobre 2026 dans le cadre de la série Azimuts & Jazz/Monde, à la salle de spectacle Saint-François-Xavier de Prévost.
Deux univers instrumentaux, deux personnalités, une même passion fougueuse qui se déploie dans un dialogue musical d’une richesse étonnante. Le flamenco, bien sûr, mais aussi des couleurs espagnoles, des accents hébraïques, des rythmes bulgares et des sonorités venues d’ailleurs. Une diversité qui aurait pu nous disperser, mais qui, au contraire, nous a entraînés dans un même voyage d’une profonde intensité.
Dès les premières sonorités, la guitare nous rapproche de l’univers du flamenco, de ses tensions, de ses élans et de ses silences. Puis le violoncelle prend la parole autrement. Dans la suite de Gaspar Cassadó, il se fait tour à tour méditatif, libre et fougueux. On croit entendre un instrument à la fois profondément enraciné dans la tradition classique et prêt à s’aventurer sur des chemins inattendus.
Les mélodies de Manuel de Falla nous transportent ensuite dans une Espagne contrastée, où la tendresse d’une berceuse côtoie la vitalité et la rudesse du chant populaire. La musique respire, se fait intime, puis retrouve son intensité. On passe d’un monde à l’autre sans jamais perdre le fil.
Et puis viennent les deux mélodies hébraïques de Maurice Ravel. Leur beauté m’a profondément touchée. Il y a dans cette musique une retenue, une fragilité, une intériorité qui semblent ouvrir un espace en soi. J’ai pleuré. Non pas parce que je cherchais à comprendre ce qui m’émouvait, mais parce que, parfois, la musique rejoint un lieu où les mots ne sont plus nécessaires.
Après l’entracte, le voyage reprend avec d’autres couleurs. Une valse arabe introduit une souplesse presque envoûtante, avant que les Zigeunerweisen de Sarasate ne déploient une virtuosité vertigineuse, faite de contrastes, d’élans et de prouesses. Le violoncelle semble repousser les limites de ce que l’on croit possible. Avec le flamenco pour violoncelle seul, l’instrument devient presque une voix humaine, capable de porter à lui seul toute une palette de rythmes et d’émotions.
La guitare reprend ensuite son espace, tantôt lyrique, tantôt incisive. Les accents bulgares viennent bousculer nos repères, tandis que la Nana del Caballo Grande, dans l’univers de Camarón de la Isla, ramène le concert vers une forme de dépouillement et de mystère. Comme si, après tant de virtuosité et d’énergie, la musique nous invitait à revenir à l’essentiel.
Mais au-delà de la beauté des œuvres et de leur interprétation, c’est la manière dont ce deux musiciens habitent leur musique qui m’a le plus frappée.
C’est peut-être là que se manifeste ce que les Espagnols appellent le duende et qui évoque cette force mystérieuse qui surgit parfois dans l’interprétation et qui nous atteint directement au cœur sans que nous sachions pourquoi.
Dominique Beauséjour-Ostiguy possède une maîtrise technique impressionnante. Pourtant, rien ne semblait contraint. Son corps participait pleinement au jeu, dans une liberté presque ludique. La complexité devenait fluidité, la virtuosité semblait aller de soi. Son violoncelle David Tecchler daté de 1704 joué avec un archet Pierre Simon d’environ 1855, offrait une sonorité d’une richesse et d’une profondeur remarquables.
