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Du classique au jazz
Carole Trempe – Dans la série Grands classiques, Diffusions Amal’Gamme présentait les Chambristes du Grand Montréal dans Du classique au jazz, à la salle de spectacle Saint-François-Xavier de Prévost, le samedi 26 septembre 2026.
Les Chambristes du Grand Montréal est un quatuor à cordes fondé en 2003 et composé de Marie-Anne Rozankovic (violon), Olga Semionova (alto), Zoé Dumais (violon) et Loredana Zaena (violoncelle), qui est capable de changer de langage musical. Pour la partie jazz du concert, le groupe est accompagné par la soprano Anne-Sophie Gagnon-Métellus.
La musique
Il est réjouissant d’entendre un quatuor à cordes quitter les sentiers familiers du répertoire classique pour aller flirter avec le jazz, la chanson et les grands classiques américains. C’est ce que nous proposaient les Chambristes du Grand Montréal dans un programme éclectique qui présente Mozart, Vivaldi, Dvorak et Bizet, et puis Gardel, Piazzolla, Andrew Lloyd Webber, Michel Legrand, avec quelques grands airs de jazz en deuxième partie. Le quatuor ose quitter le territoire classique familier pour passer à un autre monde sonore. L’instrumentarium change de langage pour agrémenter notre expérience et nous transporter dans des univers musicaux ou le rythme, l’accentuation, la sensualité viennent d’ailleurs.
Les musiciennes jouent ensemble. Elles respirent ensemble. Elles dialoguent entre elles. Leurs arrangements sont soignés et leur maîtrise instrumentale, évidente. La première partie du concert, consacrée au répertoire classique, témoigne de leur solide formation. Pourtant, curieusement, j’ai eu l’impression que quelque chose se libérait davantage lorsqu’elles quittaient ce cadre classique. C’est alors que le quatuor nous a dévoilé une facette différente de sa personnalité musicale.
La voix
Puis, il y a eu la voix. Quelle excellente idée d’inviter une chanteuse soliste et de donner à entendre le chant après l’instrumental. Anne-Sophie Gagnon-Métellus possède une voix chaude et ronde, qui rappelle parfois la couleur vocale d’Ella Fitzgerald. Sa présence a changé la relation avec la salle. Le public réagissait chaleureusement après chacune des pièces chantées.
Durant la partie instrumentale du concert, j’ai parfois ressenti une distance entre les musiciennes et le public. Celles-ci communiquaient davantage entre elles et entraient peu en contact visuel avec la salle. Lorsque la musique s’est ouverte au jazz et que la voix est entrée dans le dialogue, cette distance a disparu. La voix est alors devenue une porte entre les instruments et les mélomanes.
Mon coup de cœur tient dans l’interprétation de I Got It Bad de Duke Ellington. La soliste en fait quelque chose qui dépasse la simple interprétation standard du jazz ; elle en fait une sorte de prière profondément ressentie, mais jamais surjouée, performée avec sobriété, élégance et profondeur. En cela, elle touche droit au cœur.
Les Chambristes du Grand Montréal m’ont conquise. Le quatuor démontre que la musique peut voyager et franchir les frontières de tous les genres, et nous emmener toujours plus loin.
