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Un parcours impressionnant
Carole Trempe – Dans la série Jeunes virtuoses, Diffusions Amal’Gamme présentait Noémy Gagnon-Lafrenais dans La Belle Époque, à la salle de spectacle Saint-François-Xavier de Prévost, le samedi 19 septembre 2026.
La saison d’Amal’Gamme s’ouvre par un rendez-vous avec la violoniste Noémy Gagnon-Lafrenais. Cette artiste au parcours impressionnant a commencé le violon à 4 ans. Formée notamment au Conservatoire de musique de Montréal, au San Francisco Conservatory of Music et à la Juilliard School de New York, elle a été violon solo d’Arion Orchestre Baroque de 2019 à 2024. Elle est aussi directrice artistique de l’Ensemble Spinoza. Elle se spécialise dans ce qu’on appelle l’interprétation « historiquement informée », une pratique qui consiste à essayer de comprendre non seulement ce qui est écrit dans la partition, mais comment cette musique pouvait être pensée, articulée, phrasée et entendue à l’époque où elle a été composée. Noémy est aussi diplômée de Polytechnique Montréal depuis 2024 : elle est ingénieure chimique. Nous sommes face à une artiste, une chercheuse et une scientifique.
J’abordais donc ce concert avec une réelle curiosité. Et pourtant, je dois l’avouer : je suis sortie de la salle avec une impression de retenue.
Noémy travaille avec plusieurs instruments historiques. En visitant son site web, on lit qu’elle joue avec deux violons, dont un Salomon de Paris datant de 1756 et un Joseph Wasserman de 1737. Elle précise que chaque instrument répond aux paramètres du jeu. C’est sans doute ce qui explique qu’elle adapte son geste au caractère propre de l’instrument. Il aurait été intéressant que Noémy nous donne cette information lors du concert. À l’écoute, nous nous sommes demandé si cette recherche très fine de l’adéquation entre la musicienne, l’instrument et le langage musical ne pouvait pas, par moment, contribuer à cette impression de retenue que nous avons ressentie. Il nous a semblé percevoir, à certains temps du concert, une musicienne encore en recherche de la pleine liberté que lui permet son instrument.
Ce n’est toutefois qu’une impression de spectatrice et non un jugement sur sa maîtrise instrumentale. Est-ce que cette recherche de la couleur, du style, de l’adéquation au violon aurait pris le pas sur l’abandon spontané au discours musical permettant à l’instrument de nous dire ce que la violoniste voulait lui faire dire ?
Le programme
Le programme présenté a différé de celui qui était annoncé; privilège de l’artiste, sans doute. Cependant, il a été sensiblement écourté.
En première partie, habituellement, on attend de l’artiste soliste qu’il ou elle établisse une véritable rencontre avec le public. Or, les quelques minutes offertes nous ont donné à penser que la violoniste se ménageait pour la Sonate pour violon et piano de Gabriel Fauré, en deuxième partie.
Cette Sonate no 1, op.13, est une œuvre substantielle construite autour d’un dialogue très étroit entre le violon et le piano. Le pianiste jouait avec assurance, mais l’espace musical qui lui était accordé ne lui permettait pas de devenir pleinement partenaire de cette œuvre magnifique. On aurait aimé davantage de cette complicité, de cette tension, de cette respiration à deux qui auraient pu faire de ce Fauré un moment tellement bouleversant.
Avec Sérénade de Gabriel Pierné, on est dans la musique française de la fin du XIXe siècle. L’écriture est élégante, raffinée et légère. Cette pièce a mis en valeur la finesse du son, la souplesse de l’archet et le charme de la ligne mélodique.
Et soudain, Roses of Picardy de Haydn Wood, une mélodie anglaise devenue très populaire pendant la Première Guerre mondiale, nous transporte ailleurs. Cette mélodie ramène le violon vers quelque chose de vocal, une mélodie que l’on pourrait chanter. L’émotion est immédiate.
Peut-être est-ce finalement là que se trouve le plus beau défi de Noémy Gagnon-Lafrenais : faire dialoguer l’exigence de la chercheuse, la précision de l’ingénieure et l’abandon de l’artiste. Car lorsque, dans Roses of Picardy, le violon se met à chanter plutôt qu’à simplement jouer, quelque chose s’ouvre. La rencontre, cette fois, est instantanée. Et l’on se prend à souhaiter qu’elle puisse, au fil de son parcours, laisser encore davantage cette liberté et cette émotion prendre leur place.
