La Suède ! Une inspiration

Maquette du projet de centre d'achat de réemploi de Tricentris – photo courtoisie.
Nicolas Michaud
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Tricentris, vers une économie circulaire

Nicolas Michaud – Un centre commercial de seconde main de 80 000 pi2, une Maison de l’écocitoyenneté et une installation industrielle consacrée à la valorisation des invendus : la coopérative Tricentris compte transformer une ancienne usine de Saint-Jérôme en un vaste complexe d’économie circulaire. Inspiré du modèle suédois ReTuna, ce projet d’envergure, dont l’ouverture est prévue à l’été 2027, promet de faire du réemploi une activité économique structurée à l’échelle régionale, tout en offrant une alternative d’achat éthique aux citoyens des Laurentides.

 À Saint-Jérôme, l’imposant bâtiment industriel du 980, rue de l’Industrie — l’ancienne usine Rolland, plus récemment occupée par Sustana — s’apprête à devenir le fer de lance de la transition écologique régionale. Acquise à la fin de l’année 2025 par la coopérative Tricentris, cette infrastructure de 210 000 pi2 permettra d’effectuer un véritable changement de paradigme, en faisant passer l’économie de seconde main d’une pratique artisanale ou dispersée à une activité économique hautement structurée à l’échelle régionale.

Loin d’être un simple regroupement de friperies traditionnelles, cette initiative ambitionne de réinventer en profondeur notre rapport aux objets du quotidien. Le concept s’inspire directement de ReTuna, le célèbre complexe inauguré en 2015 à Eskilstuna, en Suède, et reconnu comme le premier centre commercial au monde entièrement dédié au réemploi. L’objectif affiché est clair : briser le plafond de verre d’un secteur où les centres actuels du Québec ne parviennent à revendre qu’environ 25 % des marchandises reçues. En démocratisant la seconde main auprès de l’ensemble de la population grâce à une expérience d’achat attrayante, moderne et conviviale, Tricentris souhaite créer un véritable « effet de destination » dans les Laurentides.

Un écosystème commercial et éducatif sous un même toit

Au cœur du site, une superficie d’environ 80 000 pi2 sera spécialement aménagée pour accueillir un carrefour commercial d’un genre nouveau. L’espace regroupera 17 catégories de boutiques et de services spécialisés : vêtements pour adultes et enfants, mobilier, électroménagers, appareils électroniques, articles de sport, chaussures, jouets, livres et matériaux de quincaillerie. Des espaces éphémères permettront également de recevoir des commerces et des activités temporaires.

Pour enrichir l’expérience des visiteurs et constituer un milieu de vie dynamique, le complexe proposera un café écoresponsable, une épicerie en vrac, une agora multifonctionnelle et un pôle créatif. La culture de la réparation y occupera une place de choix grâce à un café de réparation et à un atelier de fabrication collaboratif. En rassemblant ces intervenants, Tricentris vise à constituer une offre complémentaire et spécialisée afin de limiter les dédoublements et d’éviter la concurrence directe entre les organismes.

Le bâtiment hébergera également la Maison de l’écocitoyenneté, un espace comprenant des bureaux, des zones de cotravail, des salles de rencontre et une cuisine commune. Ce regroupement permettra de réunir dans un même lieu la direction de Tricentris ainsi que plusieurs organismes phares du milieu environnemental et de l’économie sociale. Ce rapprochement physique aura pour effet d’éliminer le travail isolé en formule hybride pour stimuler une synergie constante entre les équipes.

Éviter l’enfouissement : le défi du zéro déchet

L’une des plus grandes innovations du projet réside dans son approche intégrée de la gestion des invendus. À l’heure actuelle, l’élimination des biens qui ne trouvent pas preneur génère des coûts d’enfouissement considérables pour les organismes communautaires. Tricentris entend corriger cette faille en prenant en charge la totalité des marchandises non vendues pour leur trouver une solution de revalorisation, de transformation ou de redistribution plutôt que de les éliminer.

À cette fin, environ le tiers de la superficie du bâtiment accueillera la logistique et le garage d’entretien de la flotte de camions hybrides et électriques de la coopérative, dédiée à la collecte sélective. Le site disposera de sept quais de déchargement, d’un soutien du personnel sur place et d’espaces d’entreposage saisonnier pour appuyer les partenaires. Bien que les organismes locataires doivent initialement utiliser leurs propres véhicules pour acheminer les marchandises, Tricentris étudie déjà des solutions de transport mutualisé pour soutenir les intervenants dépourvus de moyens de collecte.

D’ici trois à cinq ans, la coopérative projette d’aménager une usine de valorisation des invendus aux abords immédiats du centre. En attendant la concrétisation de cette installation industrielle, des mesures transitoires prometteuses seront déployées, telles que le rachat et la transformation de textiles usagés en nouveaux produits ou la conversion de meubles endommagés en granules de chauffage.

Des retombées concrètes pour les Municipalités

Même si le complexe s’implantera à Saint-Jérôme, ses répercussions économiques et écologiques se feront directement sentir dans l’ensemble de la MRC de La Rivière-du-Nord. En offrant aux entreprises d’économie sociale des espaces de vente spécialisés au « prix coûtant » de gestion — c’est-à-dire un tarif fixe au pied carré nettement inférieur au marché commercial, établi sans recherche de profit —, Tricentris leur permettra d’accroître leurs revenus. Les surplus dégagés seront ensuite réinvestis dans leurs missions communautaires auprès des familles vulnérables.

Pour les consommateurs de la région, le carrefour proposera une option d’achat éthique permettant de réduire l’empreinte carbone liée à la fabrication et au transport international de biens neufs. Comme le souligne Joey Leckman, président du conseil d’administration de Tricentris, chaque dollar investi dans l’économie sociale et circulaire génère deux dollars de retombées directes au sein de la collectivité.

Sur le plan budgétaire, la direction de la coopérative se veut rassurante : ce genre d’initiative n’entraîne aucune hausse de taxes ni de quote-part pour les populations locales. En effet, depuis la modernisation de la collecte sélective entrée en vigueur le 1er janvier 2025 au Québec, les opérations de tri sont financées par l’organisme Éco Entreprises Québec (ÉEQ). De plus, les ententes liant les Villes à Tricentris, comme celle conclue avec la Ville de Prévost, demeurent généralement circonscrites à des services précis, telle la gestion d’un écocentre régional.

De surcroît, les excédents générés par les activités de la coopérative continueront d’alimenter le programme S’investir pour des communautés durables. Dans la MRC de La Rivière-du-Nord, ce fonds a déjà financé des réalisations majeures, notamment la protection de terrains englobant 30 kilomètres de sentiers dans le parc de la Coulée, l’achat d’une dameuse pour les pistes de ski de fond et la réfection de segments routiers locaux.

Vers une transformation durable de nos habitudes

Le projet poursuit présentement son cheminement à travers les étapes d’analyse administrative et d’ingénierie afin d’obtenir les permis requis auprès de la Ville de Saint-Jérôme. La conception architecturale a été confiée à la firme Z & D Architectes, tandis que DWB Consultants supervise le volet d’ingénierie. Les conditions locatives et les grilles tarifaires définitives seront communiquées aux organismes partenaires à l’automne 2026, ouvrant la voie à un aménagement intérieur échelonné jusqu’à l’ouverture officielle au grand public, confirmée pour l’été 2027.

Le défi consistera désormais à traduire le modèle suédois en une formule parfaitement adaptée aux réalités des Laurentides. En bâtissant un pont solide entre le commerce de détail, le milieu communautaire et l’innovation industrielle, Tricentris ambitionne d’inscrire le réemploi au cœur du quotidien des citoyens. L’achat de seconde main ne sera plus perçu comme un pis-aller, mais comme une démarche valorisante : réparer, partager, transformer et réutiliser un objet avant même d’envisager de le jeter.

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