Pour juin : séries d’ici 

Lyne Gariépy
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Du contenu bien québécois

Lyne Gariepy et Joanis Sylvain – Juin : mois de la Fête nationale des Québécois. Et tout comme cette célébration propre à notre société, voici deux séries bien d’ici. Nous vous suggérons donc Bienvenue à Kingston Falls de Robin Aubert et Vitrerie Joyal de Martin Matte, qui se sont toutes deux démarquées dans les offres québécoises cette année! Bon visionnement !

Bienvenue à Kingston Falls

Série 2026, drame, suspense, enquête policière, Québec, Canada, 6 épisodes de 43-45 minutes sur Tou.tv extra; réalisation : Robin Aubert; scénario : Robin Aubert; interprètes : Maxime Le Flaguais, Marie-Ève Milot, Micheline Bernard.

Synopsis – À Kingston-Falls, l’enquêteur Gabriel Serpent voit ses vacances interrompues par un cadavre dont les fesses, sorties du sol, servent de support à un vélo. Alors que son poste de police risque la fermeture, Serpent veut prouver son utilité en menant l’enquête. Mais l’arrivée de Cynthia Quinn, surnommée le « Chien Pisteur », une enquêtrice redoutable ayant un penchant pour l’alcool, vient tout chambouler.

Ciné-fille – Depuis la Course destination monde 1997-1998, j’aime découvrir ce que Robin Aubert voit au travers de sa caméra. Que ce soit Saints-Martyrs-des-Damnés en 2005 ou Les affamés en 2017, deux films de peur, ou bien À l’origine un cri, un drame, ce qu’il nous présente est toujours teinté de son originalité et d’un certain type d’humour. 

Avec Bienvenue à Kingston Falls, un drame policier, Aubert nous présente sa première série télé bien à lui, et va ailleurs. Mais il nous offre toujours une facture visuelle et scénaristique qui lui est propre. Un mélange de poésie rustique, de personnages abîmés, d’humour noir, le tout ancré dans un Québec rural. Si l’action se situe d’ailleurs dans une petite localité inspirée de sa propre petite ville d’origine, Ham-Nord, la série est aussi sans ancrage temporel précis. Aucune trace des téléphones intelligents, mais les jeux vidéo sont présents. Le personnage de Serpent roule en Beetle des années 1960, mais il y a aussi des VUS indatables, et le décor intérieur de sa maison semble tout droit sorti des années 1970. Les personnages portent presque tout le temps les mêmes vêtements. Bref, on a l’impression de se retrouver dans un présent flou, légèrement décalé.

Pour le scénario, il y a bien une vraie enquête de meurtre sordide à résoudre, mais les personnages impliqués dans cette affaire lugubre ont tous un côté « spécial » et pittoresque, sans que cette excentricité n’entache leur crédibilité. Même les enquêtes secondaires ont un côté original et loufoque, comme la disparition du cacatoès, qui reste sérieuse malgré l’absurde de la situation.

Les acteurs sont tous parfaitement choisis pour la distribution. Maxime Le Flaguais a même remporté un prix d’interprétation (bien mérité) à Séries Mania en France dernièrement. Et Marie-Ève Milot est parfaite dans le rôle de l’enquêtrice. J’ai apprécié retrouver cette actrice, trop peu vue depuis son personnage de Rosa-Rose dans Les pays d’en haut.

Bref, une bonne série originale, décalée, avec une histoire intéressante et un scénario aux répliques divertissantes. La facture visuelle, juste assez glauque, propre à Robin Aubert, est parfaite. Quoique l’enquête soit bien close, la fin laisse espérer une suite. 8,5 sur 10

Ciné-gars – Ce qui est intéressant et différencie Bienvenue à Kingston Falls des autres séries, c’est la mise en scène des plans. Il y a une texture particulière. Robin Aubert est doué pour la réalisation. 

L’originalité des criminels, des éléments de l’enquête, des personnages, de la série en général et même des idées saugrenues du scénario (par exemple les mariachis, pour ceux qui ont vu la série), ajoute beaucoup à cette série et fait qu’elle se démarque des autres productions québécoises.

Marie-Ève Milot est excellente dans son interprétation de l’enquêtrice alcoolique. 7,5 sur 10

Vitrerie Joyal

Série 2026, drame, comédie, Québec, Canada, 6 épisodes de 32-37 minutes sur Amazon Prime; réalisation : Guillaume Lonergan; scénario : Martin Matte, François Avard; interprètes : Martin Matte, Pierre-Luc Funk, Pierre-Yves Roy- Desmarais, Florence Longpré, Marylise Bourque.

Synopsis – Au milieu des années 1990, André Joyal, propriétaire d’une vitrerie à Laval, tente de sauver son entreprise en déclin tout en faisant face à des défis familiaux majeurs dans un monde en pleine transformation. André devra apprendre à lâcher prise, à accepter les changements et à redéfinir ce qui est vraiment important dans sa vie. Inspiré librement de la vie du père de Martin Matte.

Ciné-fille – Vitrerie Joyal est la première série d’ici entièrement financée par Amazon, et elle a les moyens de ses ambitions. Car recréer l’année 1995 avec les décors, les automobiles, les vêtements, augmente les coûts de production. Et pour Vitrerie Joyal, on retrouve le budget à l’écran, et la partie reconstitution d’époque est réussie. Tout comme la trame sonore, qui avec du Jean Leloup et The Counting Crowes, ratisse large dans la musique de 1995, et représente bien la diversité de ce que les Québécois écoutaient en cette année de référendum! 

Différente époque, différentes mœurs. Et c’est flagrant la différence de mentalité, surtout pour un homme cisgenre dans la cinquantaine en 1995. Le regard que porte Martin Matte sur son père est sans compromis, mais tendre, et nous fait davantage voir un homme perdu face aux changements qu’un homme malintentionné. La série brise, dès le début, le quatrième mur, en permettant aux personnages de se présenter, manière intéressante de les découvrir, et ces présentations sont faites de manière à parfois intégrer le point de vue de l’époque actuelle. 

Mais le passé ne semble jamais avoir autant vieilli que lorsque nous le regardons avec les yeux du présent. Et Vitrerie Joyal nous fait revoir cette époque à travers des yeux ayant connue le #metoo. C’est frappant, surtout pour la place des femmes dans cette société. Par exemple, Josée, la secrétaire (qui serait directrice des ressources humaines aujourd’hui, précise-t-elle dans la série), gère pratiquement l’entreprise, sans la reconnaissance. Le personnage est superbement interprété par Florence Longpré, qui a aussi joué dans Empathie, qu’elle a également signée et qui est réputée, avec raison, pour être la série québécoise de l’an dernier. Le réalisateur, Guillaume Lonergan y était aussi aux commandes, comme il l’est pour Vitrerie Joyal. Les acteurs sont tous bons, mais une petite mention pour Marylise Bourque, dans le rôle de la mère de Martin Matte, ainsi qu’à Pierre-Yves Roy-Desmarais dans celui de son frère.

Belle image que celle de la vitre de la vitrerie qui se fendille, au fil des épisodes, telle la vie que le père de Martin Matte s’était construit. Le titre en anglais est d’ailleurs davantage significatif : Vitrerie Joyal : The Glass House.

Une création de Martin Matte qui n’est pas que drôleries ou malaises, mais un mélange d’autofiction, d’époque, de drame et de développement humain. Une histoire touchante et grinçante, qui mérite d’être regardée. 8 sur 10

Ciné-gars – Dans Vitrerie Joyal, on voit le budget à l’image, avec les autos, les habits, les décors, bref, tout est là pour recréer une année 1995 réussie. 

La série s’offre toute une distribution : Florence Longpré tire toujours aussi bien son épingle du jeu. Marylise Bourque dans le rôle de Diane, la femme d’André, est excellente, et j’ai aimé que ce ne soit pas le genre de personnages dans lesquels on la retrouve habituellement. 

J’ai particulièrement apprécié les deux derniers épisodes, qui mettent en lumière ce qu’est le quotidien des proches et des gens ayant eu un traumatisme crânien sévère comme le frère de Martin Matte. 7,5 sur 10

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