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Notre drapeau porte l’empreinte de l’histoire
Daniel Machabée – Mon dernier éditorial sur le réveil des peuples occidentaux a fait réagir. La question identitaire est une question trop sensible et trop importante pour être laissée de côté. Bien sûr, certains vont brandir le spectre du racisme à chaque fois qu’un peuple défend ses valeurs, sa langue, sa culture et son histoire. Pour cette dernière, on la voudrait plus inclusive, plus bienveillante. Mais ces tentatives se heurtent à ceux et celles qui tiennent à leurs racines, à leurs valeurs, à leur histoire.
Une question mérite d’être posée : comment les pays occidentaux en sont-ils venus à défendre leur histoire, leur identité nationale et les valeurs qui se sont forgées au fil des siècles ? À partir des années 1970, la méfiance envers certaines formes de nationalisme, alors associées aux dérives du XXe siècle, a favorisé l’émergence d’une vision plus ouverte et multiculturelle des sociétés occidentales. Encouragée à la fois par des considérations économiques et démographiques, l’immigration a progressivement été présentée comme une réponse au vieillissement des populations, aux pénuries de main-d’œuvre et au maintien du niveau de vie hérité des Trente Glorieuses*.
Le 12 juin dernier, le pacte sur la migration et l’asile est entré en vigueur dans tous les pays membres de l’Union européenne. Bien qu’il renforce certaines mesures de contrôle aux frontières, ce mécanisme prévoit également une répartition des demandeurs d’asile entre les États membres ou, à défaut, une contribution financière pouvant atteindre 20 000 euros par personne non accueillie.
Ces orientations politiques et administratives sont aujourd’hui de plus en plus contestées par les populations occidentales, qui expriment un sentiment de perte de repères et l’impression de ne plus reconnaître certains éléments de son cadre culturel et social. Dans plusieurs pays, cette inquiétude se traduit par une résurgence des mouvements nationalistes et souverainistes. Contrairement aux caricatures parfois véhiculées dans le débat public, ces mouvements ne relèvent pas nécessairement du racisme; ils expriment souvent une volonté de préserver une identité culturelle, une langue ou un mode de vie perçus comme fragilisés par la mondialisation et l’ampleur des flux migratoires.
Les exemples se multiplient en Europe. En Suisse, un référendum a lieu ces jours-ci sur la limitation de la population à 10 millions d’habitants; en Irlande du Nord, les catholiques et les protestants se sont unis afin de dénoncer une attaque barbare d’un migrant contre un Irlandais de souche. Cela explique les succès des partis de droite partout en Europe.
Notre drapeau, comme ceux de nombreuses nations occidentales, porte l’empreinte de l’histoire qui a façonné notre société. La croix qui l’orne rappelle les racines chrétiennes qui ont marqué notre développement culturel, social et institutionnel. Reconnaître cet héritage n’oblige personne à partager une croyance religieuse; c’est simplement reconnaître une part importante de notre histoire collective.
À la veille de notre fête nationale, brandissons ce drapeau avec fierté. Accueillir des immigrants et préserver une culture commune ne sont pas des objectifs incompatibles. La très grande majorité des nouveaux arrivants souhaitent s’intégrer à la société québécoise, apprendre sa langue et participer à sa prospérité. En retour, il est légitime d’attendre de tous ceux qui choisissent de vivre ici qu’ils respectent les lois, les valeurs démocratiques et la langue commune du pays d’accueil. À tous, je vous souhaite une bonne fête nationale.
* Boismenu, Gérard, 2020. Les Trente Glorieuses au Canada. Del Busso.
** Projet du Siècle de Trudeau : accueillir 100 millions d’habitants d’ici 2100
