Un électeur sur cinq

Michel Fortier
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Petite analyse des résultats de l’élection

Michel Fortier – Avec un taux de participation d’environ 67 % et 28 % des suffrages exprimés accordés au Parti québécois, un calcul tout simple donne un résultat qui fait réfléchir : à peine 19 % de l’ensemble des électeurs inscrits ont voté pour le parti appelé à former le gouvernement.

Sur 100 Québécois ayant le droit de vote, 19 ont donc choisi le PQ, 48 ont voté pour une autre formation et 33 se sont abstenus. Cette analyse ne cherche évidemment pas à contester la légitimité du résultat. Les règles étaient connues de tous et le PQ a remporté davantage de circonscriptions que ses adversaires. Mais ce résultat ramène une vieille question : notre mode de scrutin traduit-il vraiment la volonté populaire ? Force est de constater qu’il ne la traduit qu’imparfaitement.

Notre scrutin uninominal à un tour peut transformer de façon étonnante le rapport entre votes en sièges à l’Assemblée nationale. Cette fois-ci, le PQ recueille 28 % des voix et obtient 59 sièges, tandis que la CAQ, avec plus de 13 % des suffrages, ne fait élire aucun député. Difficile d’imaginer meilleure illustration des distorsions que peut produire le système électoral.

Voilà pourtant des décennies que le Québec parle de réforme électorale. Plusieurs partis l’ont souhaitée lorsqu’ils étaient dans l’opposition, avant de manifester beaucoup moins d’enthousiasme une fois au pouvoir. Il faut croire que notre mode de scrutin possède une qualité particulière : ses défauts paraissent moins évidents lorsqu’il nous permet de gouverner.

Comme la réforme ne semble pas pour demain, on est en droit de se demander comment notre démocratie peut continuer à fonctionner malgré une représentation aussi imparfaite. Sans doute parce que la démocratie ne se résume pas au rendez-vous électoral de tous les quatre ans.

Une fois élu, un député ne représente plus seulement ceux qui ont voté pour lui. Il représente l’ensemble des citoyens de sa circonscription. Quand il revient dans son comté, il rencontre des citoyens, des organismes, des élus municipaux et des entrepreneurs. Il reçoit aussi ceux qui contestent les décisions de son gouvernement. Ce dialogue constant maintient un lien entre le pouvoir et ceux sur qui il s’exerce.

Ce contrôle se poursuit à l’Assemblée nationale, où le gouvernement doit répondre aux questions de l’opposition, défendre ses projets de loi, comparaître devant les commissions parlementaires et expliquer publiquement ses décisions. Ce gouvernement peut affaiblir la démocratie s’il cesse d’écouter et considère sa victoire comme un chèque en blanc. Dans le cas d’un gouvernement minoritaire, cet exercice de légitimité démocratique va encore plus loin : il faut négocier, convaincre et parfois accepter les compromis.

Autour du Parlement existe également tout un ensemble de contre-pouvoirs : les tribunaux, les organismes de surveillance, les syndicats, les associations et les groupes de citoyens. Aucun ne gouverne, mais chacun peut obliger ceux qui gouvernent à expliquer leurs choix.

Les médias participent directement à cet équilibre. Leur rôle ne consiste pas simplement à rapporter ce que disent les gouvernements. Ils posent les questions que les élus préféreraient parfois éviter, confrontent les déclarations aux faits, mettent au jour ce qui serait autrement passé inaperçu et tentent de donner aux citoyens les moyens de comprendre les décisions prises en leur nom.

Cette fonction existe aussi à l’échelle locale. Un conseil municipal, un député ou un organisme public ne travaille pas tout à fait de la même manière lorsqu’il sait que quelqu’un assistera aux réunions, lira les documents et posera des questions.

C’est peut-être là que se trouve une partie de la réponse au paradoxe des 19 %. La légitimité démocratique ne s’acquiert pas seulement le soir d’une élection, elle doit se renouveler pendant tout le mandat.

En attendant cette réforme maintes fois promise et toujours reportée, notre démocratie possède une autre protection : l’élection confie le gouvernement aux élus, mais elle ne leur confie jamais tout le pouvoir. Les citoyens, l’opposition, les institutions et les médias conservent celui de questionner, de contester et de demander des comptes. À condition, bien sûr, qu’ils s’en servent.

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