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Quand l’empathie infirmière devient une arme politique
Jade Belleville – Avant de se retrouver en politique, Sonia Bélanger a passé des années au chevet des patients. La ministre de la Santé et des Aînés et des Proches aidants explique comment des rencontres décisives, beaucoup de confiance en soi et quelques épreuves l’ont menée à son poste actuel.
Parcours professionnel
Sonia Bélanger a porté de nombreux chapeaux tout au long de sa carrière. D’infirmière à directrice d’hôpital, puis à femme politique, elle a su faire preuve de détermination et d’ambition. C’est à 17 ans qu’elle fait ses premiers pas dans le milieu de la santé, lorsqu’elle entame sa technique infirmière. Visiblement dans la bonne branche, elle obtient ensuite un baccalauréat en sciences infirmières et se découvre une passion pour les milieux spécialisés. Puis, quelque temps après, elle fait une maîtrise en administration des services de santé. Au fil de sa carrière, elle occupe divers postes de direction, depuis celle de directrice des soins infirmiers jusqu’à celle de directrice générale du CIUSSS du Centre-Sud de l’île de Montréal. Ce plan professionnel n’était pas écrit d’avance, c’est à travers les expériences, la confiance et les gens qui ont cru en elle qu’elle s’est frayé un chemin jusqu’à devenir ministre de la Santé et ministre responsable des Aînés et Proches aidants. « J’ai rencontré des mentors qui m’ont beaucoup accompagnée, toutes des femmes, dans le domaine des soins qui me disaient “tu serais capable de le faire”, puis ça m’a donné de la confiance en moi, parce c’est comme ça qu’on acquière la confiance. Des fois, ça ne vient pas nécessairement de nous. C’est le regard que les autres portent sur nous ».
En 2022, elle s’apprêtait à demander un renouvellement de mandat pour son poste de PDG, quand François Legault la convainc de se présenter en politique pour la Coalition Avenir Québec. Le 3 octobre, elle est élue députée de la circonscription de Prévost et ensuite nommée ministre responsable des Aînés et Proches aidants. Elle obtient ensuite brièvement le poste de ministre des Services sociaux et c’est après la démission de Christian Dubé qu’on lui donne également la responsabilité du ministère de la Santé.
Ce long parcours hospitalier lui permet aujourd’hui d’exercer son rôle de ministre de manière informée et cohérente. « J’ai connu vraiment tout si on veut. Toutes les différentes fonctions, alors je comprends bien ce que les gens vivent sur le terrain. […] Mais je dirais que la profession infirmière, pour moi, c’est ce qui est le plus important dans mon coffre à outils. J’ai gardé le titre d’infirmière retraité, je suis encore membre de l’ordre des infirmières même si je ne pratique plus, parce que c’est comme de la reconnaissance. Il y a un côté très romantique à ça, mais romantique dans le sens de reconnaissance. Cette profession-là m’a aidé à être une meilleure personne. […] Ça m’a appris la sensibilité, l’empathie, l’écoute, le désir de faire une différence pour les personnes, le désir d’aider. Et ça, c’est très important en politique ».
Sources de fierté
Avec un si long parcours, elle a de quoi être fière, mais ce qui lui procure le plus de fierté, ce sont les cinq projets de loi qu’elle a réussi à faire adopter. Il s’agit donc du projet de loi sur l’aide médicale à mourir, initié en 2015 par Véronique Hivon, qu’elle a ensuite fait évoluer en 2022; du projet de loi sur les sites de consommation supervisés; du projet de loi avec les médecins de famille concernant leurs conditions de travail et l’accès aux médecins de famille pour plus de Québécois; ainsi que les deux qui ont été adoptés récemment, soit la loi sur les boissons énergisantes et la loi sur l’hospitalisation pour les personnes atteintes de troubles mentaux. En tant que PDG, c’est la fusion de 11 établissements et de 22 000 employés pour créer la plus grande organisation de santé et de services sociaux qui est le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal qui la rend particulièrement fière. Pour elle, ce sont les dimensions humaines de tous ces projets qui sont les plus importantes.
Les nombreux projets auxquels elle a contribué dans sa circonscription sont aussi très importants pour elle, tels que la construction d’écoles, l’ajout d’un pavillon de santé mentale à l’hôpital de Saint-Jérôme, les nouvelles places en garderies, la maison des aînés à Prévost et le développement du Sommet Saint-Sauveur.
Son expérience en tant que femme
En étant une femme en gestion et en politique, elle a dû faire face à de l’adversité. Aujourd’hui, la majorité des PDG dans le système de la santé sont des femmes, mais, à ses débuts, très peu de femmes avaient des postes de gestionnaires, malgré qu’elles étaient plus nombreuses que les hommes dans le système de santé. C’était donc important, et ça l’est encore de nos jours de prendre notre place. Selon elle, les hommes et les femmes ne travaillent pas du tout de la même façon. Mais c’est ce type de leadership différent qui en fait notre force. « Prendre sa place quand on est une femme, puis qu’on gravit les échelons, ça demande des efforts. Ça demande de faire ses preuves rapidement ». Elle tient tout de même à souligner le travail des hommes en politique qui aident à faire une réelle différence. Son message pour les femmes : « oser aller au bout de vos rêves. Faites-vous confiance, développez vos propres outils, vos propres façons d’aller de l’avant, peu importe dans le domaine que vous alliez ».
