Richard Goyette : témoignage

Michel Fortier
Les derniers articles par Michel Fortier (tout voir)

Un architecte qui a marqué nos vies

Michel Fortier – Nous annonçons le décès, à l’âge de 83 ans, de Richard Goyette, survenu le 9 avril dernier. Il était l’époux de feu Linda Collette. Les lecteurs du Journal ne l’ont probablement pas connu, mais il a marqué leur environnement sans qu’ils s’en rendent compte. Il fut diplômé en architecture de l’Université McGill en 1964 et conçut, à la demande de Jack Wiseman, les Galeries des Monts, le premier centre commercial de Saint-Sauveur.

Né à Montréal, Richard a d’abord été musicien (guitariste avec The Starlites–Music with a latin touch) avant d’entreprendre des études en design à l’Institut des arts appliqués, puis en architecture à l’Université McGill. Il a été stagiaire en architecture avec le réputé architecte Ludwig Mies van der Rohe, puis récipiendaire d’une bourse d’excellence, il a poursuivi une maîtrise en éclairage dans une université de Paris, pour ensuite cofonder Goyette-Duplessis l’un des plus importants bureaux de design au Québec.

Richard laisse dans le deuil ses enfants, Jean-François (Amélie) et Claudia (Marcus), sa petite-fille Alie (Panda), ses neveux et nièces, ainsi que de nombreux amis et proches qui garderont de lui un souvenir précieux. – En mémoire de Richard Goyette, le Journal publie les témoignages de gens qui l’ont connu.

Papa — Ta fille, Claudia

Richard Goyette a fondé les Décorateurs ensembliers Goyette et Duplessis et le Groupe Goyette International

C’est le temps de te dire au revoir. De te dire merci pour tout ce que tu as été dans ma vie. Il n’y a pas de mots assez grands pour te raconter… mais je vais essayer.

Tu étais atteint de la maladie à corps de Lewy, diagnostiquée en avril 2023 après plusieurs années d’incertitude. Ça m’a brisé le cœur de voir ta vie basculer aussi rapidement. À peine quelques mois après l’annonce de ton diagnostic, tu as perdu ta femme, Linda, l’amour de ta vie, ainsi que ta vie telle que tu la connaissais. Depuis, tu vivais en unité de soins, où tu t’es éteint paisiblement le 9 avril dernier entouré de tes enfants.

Je garde de toi une multitude de souvenirs précieux : des jeux d’enfance – comme notre invention « Energiser ! » –, des journées d’été à la piscine de la Riveraine, des promenades de roche en roche à la rivière à Simon, des tours de tracteur, des voyages en famille à la mer et à la montagne, et mille petites attentions qui disaient sans cesse « je t’aime ». Tu m’as toujours encouragée à aller plus loin, allant jusqu’à soutenir mes études, peu importe mon âge. Grâce à toi, j’ai étudié longtemps.

Pour ta petite-fille Alie, tu étais « BABA » — un grand-père fier, attentionné, toujours prêt à la faire sourire, toujours prêt à la gâter. Merci de t’être assuré que ta petite-fille puisse étudier aussi longtemps qu’elle le voudra.

Malgré les épreuves et la maladie, tu as toujours été présent à ta façon. J’ai eu le privilège de pouvoir me tenir à tes côtés durant tes dernières années. Aujourd’hui, je trouve un certain réconfort à penser que tu as retrouvé ta chère et douce Linda.

Papa, tu laisses un vide immense, mais aussi un héritage d’amour et de souvenirs qui continueront de vivre en moi pour toujours. Je t’aime très  ort.

Témoignage de Carole Bouchard

Richard a passé sa dernière année à la Résidence des Bâtisseurs de Sainte-Adèle, où résidait également ma mère, Lucille Beaudoin, décédée en août dernier. Il partageait sa table, et nous avons peu à peu noué des liens avec lui, ainsi qu’avec sa fille Claudia, qui lui rendait visite régulièrement.

Il avait perdu son épouse, dont l’absence lui pesait profondément. Mais dès que la conversation glissait vers l’architecture, il s’animait avec l’enthousiasme d’un homme de trente ans : il devenait volubile, passionné. C’est ainsi que nous avons découvert qu’il était l’architecte des Galeries des Monts, à Saint-Sauveur, et qu’il connaissait Jack Wiseman, à l’origine de ce premier centre commercial du village.

Sa présence nous rappelle que celles et ceux qui vivent aujourd’hui en résidence pour aînés — parfois perçus comme effacés ou isolés — portent en eux une histoire riche. Ils ont construit, créé, contribué. Ils ont laissé une empreinte. Et il nous revient, à nous, de la reconnaître et de la mettre en lumière.

Témoignage de Jack Wiseman

(Monsieur Wiseman a développé le centre commercial Les Galeries des Monts de Saint-Sauveur vers 1977 et il contribue au succès du Festival des arts de Saint-Sauveur.)

Galeries des Monts à Saint-Sauveur réalisé en 1977

J’ai été profondément attristé d’apprendre le décès de Richard Goyette. Notre relation s’est étendue sur de nombreuses années. Je suis rapidement devenu admiratif des remarquables réalisations de Richard, notamment dans le secteur du commerce de détail.

Lorsque nous avons acquis le terrain à Saint-Sauveur avec l’intention d’y construire un centre commercial, nous avons étudié plusieurs propositions d’aménagement, sans toutefois nous sentir à l’aise avec celles qui nous étaient soumises : aucune ne s’intégrait véritablement à l’esprit du village.

Ce fut une heureuse rencontre que celle de Richard, alors résident de Saint-Sauveur (rivière à Simon). J’avais exprimé le souhait que notre projet s’inscrive en harmonie avec le milieu. Grâce à lui, l’implantation des bâtiments, le style architectural d’inspiration canadienne-française ainsi que l’utilisation du bois naturel à l’intérieur ont donné naissance aux Galeries des Monts : un lieu unique, chaleureux et apprécié de nombreux visiteurs.

Le succès, le rayonnement et le développement des Galeries des Monts constituent un véritable hommage à l’apport de Richard Goyette.

La revitalisation du Complexe Desjardins

Au début des années 1990, Richard Goyette a joué un rôle majeur dans la revitalisation du Complexe Desjardins, alors en perte de vitesse. Avec sa vision à la fois architecturale et humaine, il a transformé un lieu devenu essentiellement un espace de passage en un véritable pôle commercial vivant et accueillant. Il a notamment repensé les espaces de circulation, ajouté de nouvelles surfaces commerciales et redonné une âme à la foire alimentaire, jusque-là très impersonnelle. Ron Fournier, qui a travaillé avec lui, se souvient d’un homme passionné, rigoureux et profondément convaincu que l’architecture devait servir la vie urbaine et les gens qui l’habitent. Son travail au Complexe Desjardins demeure un témoignage des plus éloquents de son talent et de sa vision.

D’après un article de Nicole Benoit, Richard Goyette s’attaque souvent à des centres commerciaux entiers en combinant l’apparence européenne à la manufacture américaine. 

Ses réalisations

Certains se souviendront d’un certain nombre de ses réalisations – Meunier et Rosenthal, optométriste à la place Ville-Marie; magasin de disque Alex Sherman à Ottawa; Mercerie Aquascutum à la place Ville-Marie; la boutique « Jouets pour Rive Gauche », édifice Rive-Gauche, angle Sainte-Catherine et de la Montagne; boutique Lui et Elle de la rue Ste Catherine. En avril 2000, il reçoit une lettre du patron de Chaussures Browns, Morton Brownstein, pour lequel il avait conçu l’aménagement intérieur de ses magasins, qui le traitait ainsi : « I still think you are crazy! However the credit is all yours – you did design a spectacular store – a super attraction on St. Catherine Street. Congratulation ». Pour ce design, il avait fait l’objet d’un article de Huguette Lafond dans Les idées de ma maison, et il avait reçu un certificat d’appréciation de la Société des designers d’intérieur du Québec.

print